Championnat du monde de Trail 2011

Mardi 5 juillet 2011.

18h35 : Le train s’ébranle lentement. Ca y est, enfin la délivrance !

L’aventure peut commencer.

9 longs mois que j’attends cet instant.

9 longs mois de préparation intensive.

9 très longs mois de doutes, de remises en questions, de désillusions,

Mais 9 mois d’une histoire humaine unique, partagée entre Céline, mon entraîneur et moi.

…9 mois pour une gestation … très particulière !

Trois heures dix de train m’attendent, au départ de Nantes, pour rejoindre le reste de l’équipe

de France à l’aéroport de Roissy, 3h10 pour me remémorer tous ces mois de préparation,

laisser resurgir mes rêves d’enfant sportif, inventorier tout ce qui m’a permis d’en arriver là…

Le rêve commence en novembre dernier, lors de la cérémonie officielle de remise des récompenses des Championnats de France à Valence à laquelle je suis convié grâce à ma troisième place acquise de justesse.

Oui, de justesse ! Pour se classer il fallait participer à 4 courses sur les 10 proposées par le calendrier fédéral comptant pour ce Trail Tour National. Handicapé tout le début de la saison par une déchirure musculaire, je n’avais plus le choix, il ne me restait plus que les quatre dernières du calendrier… et parfois dans des conditions ‘’délicates’’.

Je suis ainsi contraint d’enchaîner courant juin Marathon des Burons et Trail du Golf du Morbihan à une semaine d’intervalle. Deux courses de 55km en une semaine !

Le défi m’excite. Je fais tir groupé avec 2 secondes places ! C’est le début de ma récolte des précieux points pour le Championnat de France !

Deux mois plus tard, début septembre, troisième course : Trail de la Côte d’Opale, manche bonus. Troisième place derrière Thierry Breuil et Patrick Bringer.

Enfin, mi-octobre, les Templiers. La barre est haute, mais je n’ai pas le choix :

mathématiquement je dois me placer dans les 9 premiers pour être troisième du Championnat de France ! En fait le tout premier sera un outsider… Enzo, notre fils qui arrive une semaine avant ! Je ne dors presque pas la semaine qui précède la course… mais au mental, j’arrive à décrocher une providentielle 5 ème place ! Me voilà sur le podium des ‘’France’’ ! Contrat rempli in-extremis !

Vendredi 26 novembre, après la cérémonie de remise des médailles, Philippe Propage, sélectionneur de l’équipe de France de Trail, m’apprend ma sélection… en Equipe de France !! Je porterai en 2011 la tenue bleu-blanc-rouge. Un rêve se concrétise !

Dès lors, je cogite… mais pas longtemps car l’évidence s’impose : l’objectif 2011 ne peut être autre que le Championnat du Monde en Irlande, le 9 juillet !

Je demande alors à Pascal Balducci s’il veut bien m’aider, m’entraîner, me préparer pour cet objectif. Ce sera « oui »… Alors c’est parti pour l’aventure « Monde 2011 » !

Les entraînements débutent, s’enchaînent, s’accumulent pendant l’hiver. Du gros travail. Sur tous les fronts, notamment sur l’alimentation avec les conseils de Benoit Nave, l’ostéo du Team et conseiller nutrition : je perds 5kg en 1 mois !

Les premières courses arrivent. La forme est là, mais à chaque fois un grain de sable m’empêche de concrétiser. Bien sûr ce ne sont ‘’que’’ des courses de préparation.

Erreurs de parcours, problèmes gastriques, mauvaise alimentation d’avant course, mauvaise gestion de course… bref, à chaque course son souci ! Ces grains de sable ne sont-ils pas bénéfiques finalement ? J’enregistre et en tire les leçons.

La préparation s’intensifie, se spécifie, et la forme monte en puissance. Les mois s’écoulent, la confiance se renforce.

28 avril. Pascal et Manu Gault arrivent à la maison. Au programme, une expédition de quatre jours dans le Connemara sur le site du Championnat du Monde. Trois jours plus tôt nous avons appris que le parcours avait été modifié ! In extremis j’ai donc pu retravailler les plans d’approche de la reconnaissance sur place !

Décollage jeudi. Trois jours non-stop d’entrainement et de repérage d’un parcours un peu flou sur le descriptif, le tout pimenté de séances de côte dans le fameux « Diamond Hill ».

Diamond Hill : quatre cents mètres de dénivelé sur 3.5km de chemin aménagé et d’escaliers faits de dalle de schiste à enchainer deux fois le jour « j ». Quelques Guinness en récompense, de franches parties de rigolade, et nous repartons le lundi après-midi, avec dans les jambes 110km de chemins, de tourbe et de montées de barbare !

5 juin, dernière compétition-test : le Pilatrail. Il reste un peu plus d’un mois avant l’échéance

finale. La concurrence est là, tout est réuni pour une bonne prise de température.

Résultat : une deuxième place encourageante à seulement quelques minutes de Julien Rancon alors que je suis en aisance, prenant garde à ne pas m’égarer et à ne pas me blesser dans les parties techniques. Bon pour la confiance.

C’est parti pour la dernière ligne droite.

Une semaine plus tard c’est le stage en équipe de France à Chalmazel dans le massif du Forez.

Une semaine pour créer des liens avec les membres de l’équipe, coureurs et encadrement, et s’entraîner, encore et toujours, en accumulant kilomètres et dénivelés.

Je fais donc plus ample connaissance avec Yann Curien dit « Cucu», Patrick ‘‘Kinou’’ Bringer, Aurélia Truel et Isabelle Joussaud. C’est aussi l’occasion de côtoyer les membres de l’équipe de France de course de montagne avec qui nous partageons le stage : Julien Rancon, Adélaïde Panthéon, Didier et Caroline.

Nous découvrons également le staff : notre kiné Marilyne, l’entraîneur Philippe Propage, qui prend soin de nous et nous cocoone à tel point que je finis par l’appeler ‘‘Papa Phil’’. Il a en effet un fils de mon âge et mon père se prénomme aussi Philippe !

J’enchaîne ensuite en solo aux Saisies quelques jours pour affiner cette préparation en montagne, hébergé chez Patrick Bohard alias ‘‘Kirtap’’, mon équipier d’Asics.

Au final de ces 10 jours de stage, un nouveau record de volume, avec 260 km de course à pied et plus de 10.000m de dénivelé positif auxquels s’ajoutent quelques kilomètres de vélo. Ce sera le dernier gros bloc, il ne me reste maintenant plus que trois petites semaines. Elles seront consacrées à de la récupération.

Tout ça c’est maintenant du passé : me voilà ce mardi 5 juillet arrivé en gare de Massy et bientôt à l’aéroport Charles de Gaulle.

Je suis en route pour l’Irlande, pour le Connemara, pour le Championnat du Monde de trail !

Message de Manu Gault : il est arrivé à l’hôtel et a récupéré les clefs de la chambre. J’avale rapidement la salade de pâtes préparée à la maison avant de partir. Je vais arriver tard à l’hôtel, et ce sera toujours ça de fait pour gagner quelques minutes de sommeil en plus !

Pour m’occuper l’esprit je tente de me remémorer les derniers jours.

Les entraînements se sont soldés par de bonnes et de mauvaises choses. Une dernière séance de piste 2 semaines avant la course, avec au menu des 300m tournés en 49’’ malgré une énorme chaleur et pas un brin d’air. Je n’aurais jamais pu espérer faire ces temps là les années passées ! Pascal a été très bon dans l’analyse et la mise en forme de ma préparation.

Et puis jeudi dernier, ce dernier entraînement. Au menu 2h de course. Je pars sur mon parcours de 1h45…que je boucle en 1h30 ! Oui, je suis très en forme !!! Mais 5’ avant d’arriver à la maison, mon pied droit rencontre une pierre qui dépasse du chemin : c’est la chute, lourde, sur la rotule gauche. Mon genou n’apprécie pas la réception sur les cailloux et je dois arrêter mon chrono 3’ le temps d’évacuer la douleur ! Tout de suite je pense à ma course : séquelles ? Les 5 dernières minutes se font en boitillant…et je boiterai ainsi pendant 2 jours ! La douleur restera jusqu’à la course et persistera même pendant la course.

Remontrances à l’arrivée par ma chérie pour mes « risques inconsidérés » ! Ou bien : comment gâcher 9 mois de préparation minutieuse !

C’est décidé, je ne cours plus et ne prends plus de risque avant la course ! Plus que 10 jours, ce seront 10 jours de repos complet !

D’ailleurs, le week-end est prévu en conséquence, pour m’aérer l’esprit. Au programme plage à Brétignolles, repas d’avant course ‘’spécial Lolo’’, barbecue avec des amis, Gilles et Céline, concert de Yannick Noah avec Céline, ma belle-soeur, déjeuné avec Aurélie et apéros avec des collègues le jour de mon départ. Rien de tel pour penser à autre chose.

Retour au présent : le contrôleur annonce l’arrivée en gare de l’aéroport Charles de Gaules.

Deux gros sacs de voyage à la main et sac à dos bien arrimé : je suis le premier sorti du train !

Deux étages à monter avec tout le barda… et finalement dernier du train à arriver en haut !

Je rejoins directement les arrêts de bus pour prendre la navette qui m’emmène à l’Etap’ Hôtel où nous logeons. Pour l’instant, aucun souci, tout se passe à merveille !

On se tasse dans la navette : compression et… transpiration garantie au bout de quelques minutes ! Pas un brin d’air et chaleur étouffante ! 20’ debout sacs en mains, à contrôler un équilibre précaire mis à mal par la conduite ultra sportive du chauffeur. Le provincial souffre !

Enfin la délivrance : les portes s’ouvrent ! Une bouffée d’air (pur ?), un peu de fraîcheur…ouf !

A l’hôtel je retrouve avec plaisir ‘’papa Phil’’ et Manu en train de manger. Sur ces entre-faits Laurence Klein arrive à son tour : elle me talonnait dans le train et la navette suivants.

Maintenant ne tardons plus : il faut récupérer un maximum avant la course, et cette nuit sera courte avec un réveil aux aurores pour rejoindre l’aéroport.

Oui, demain, destination Irlande !

Je rejoins donc ma chambre, et à 23h je sombre épuisé !

 

Mercredi 6 juillet :

5h : Je dors si bien, boules quies dans les oreilles, que je n’entends pas ma montre sonner à

15cm de ma tête. C’est Manu qui me réveille 2’ plus tard !

Nous rejoignons les autres, au rez-de-chaussée. Ils sont déjà tous attablés. Thierry Breuil est là avec sa barbe de 3 jours 2 mois ! Cucu et Kinou sont également présents. Le staff est au grand complet, avec Phil, Jean François ‘’Jef’’ Pontier, Michel et Jean Paul le ‘’doc’’.

Petit déj’ englouti en urgence pour rattraper le temps perdu sur les autres, et nous récupérons chacun nos affaires dans nos chambres.

5h45 : Rendez-vous près de l’entrée, tout le monde est là. Nous envahissons la navette ! Elle est pleine comme un oeuf !

Ca rigole bien. On se raconte nos différents trajets aller, avec une mention spéciale pour Thierry qui aura galéré un peu dans les transports, entre son avion, qui a atterri à Orly et sa navette Orly/Roissy qui s’est finalement transformée en taxi…bref, une expédition pour venir de sa profonde Corrèze !

Dans cette équipe de France, il ne manque que Marilyne, notre kiné, partie quelques jours plus tôt en éclaireuse avec Aurélia Truel et Maud Gobert afin de s’acclimater et reconnaître le parcours.

Notre conducteur de ce matin est plus doux que celui de la veille, de plus nous sommes assis, c’est le grand luxe ! Vingt minutes de route et nous voilà à l’aéroport.

Guichet d’enregistrement. Parti léger, Thierry le barbu s’aperçoit qu’il a trop de sacs et qu’il est en surpoids ! Encombrant le Thierry ! Du coup, comme j’ai encore un peu de place dans mon sac de voyage…alors que moi je pars pour plus d’une semaine ( !), je lui propose de prendre ses chaussures… ça loge juste, et je ne dépasse pas le poids autorisé. Tout est ok et tous nos bagages sont bientôt enregistrés. Nous voilà un peu plus légers, avec nos seuls sacs cabine. Pour ma part, j’ai pris le plus grand sac autorisé…il est bourré !

Nous enchaînons directement sur la douane. Tout le monde passe mais c’est juste de l’autre côté, dans la ‘‘free zone’’, que nous remarquons une absence : Laurence !

Elle n’a pas franchi la douane… On l’aurait vue partir acheter un magazine… Moment de panique, la troupe ratisse, on la retrouve enfin !!! Madame faisait les boutiques !

Plus de temps à perdre : l’embarquement est commencé. Arborant tous fièrement nos tenues bleu-blanc-rouge, nous passons le guichet de contrôle des billets parmi les derniers et prenons place dans la salle d’attente.

Deux bus sont nécessaires pour rejoindre l’avion. Nous assistons en spectateurs à la ruée sur le premier et du coup nous nous retrouvons presque seuls dans le second !

Dans l’avion, les enregistrements n’ayant pas été faits ensemble, le groupe est éparpillé un peu partout.

7h20 : décollage. C’est parti pour 1h30 de vol !

Bonne surprise, nous avons droit à un petit casse-croûte servi par les hôtesses d’Air France durant le vol ! Je dois me faire tout petit, flanqué d’un voisin légèrement… encombrant ! Pas possible non plus de se reposer ou de dormir un peu. Tant pis, ce sera pour plus tard. Les 3h de voiture entre Dublin et notre hébergement à Clifden dans le Connemara devraient nous autoriser un peu de repos.

8h : atterrissage…et oui, il y a 1h de décalage horaire, nous gagnons donc un peu de temps.

Tout s’enchaîne. Récupération des bagages, des papiers des véhicules auprès d’Europ’car et présentation de tous les permis de conduire. Il est 9h00.

On nous donne les clefs d’un Opel Zafira qui sera piloté par Manu et d’un 4×4 Hyundaï Santafé…dont Phil me proclame chauffeur ! Bon, ben voilà, je m’y colle! Pas le choix !

Tout est bon pour une acclimatation ‘’en douceur’’ à la conduite Irlandaise : volant à droite, boite automatique à gauche du volant, conduite à gauche, route étroite… La totale made in Irlande !!!

Nous sortons du parking, Manu m’emboîte le pas ou plutôt le pare-choc… pour une fois que je suis devant lui ! Je tourne à gauche. Mauvaise pioche : première erreur ! Au lieu de sortir

directement, nous voilà partis pour une visite complète du parking ! Quelques minutes de perdues et nous voilà de retour à la case départ…

Deuxième essai : cette fois-ci nous voilà sur la bonne route, toujours suivis par Manu.

Premier rond-point : 2ème mauvaise pioche ! Mais là Manu ne suit pas et prend la bonne direction. Quant à nous, sous les conseils du co-pilote Phil, qui fait tout sauf m’aider, nous entamons un tour d’aéroport gratuit ! Mais c’est vrai que le fonctionnement de le radio le préoccupe plus que notre direction !!

Dix minutes de perdues et nous arrivons enfin sur le périphérique de Dublin !

Petite prouesse (en toute modestie) : tout en conduisant à gauche je m’offre le luxe de prendre un cliché de mes passagers avec une main en cherchant la meilleure station radio avec l’autre et tout ça en aidant Philippe à trouver la bonne direction… L’aventure c’est l’aventure !!

Maintenant, c’est tout simple. Une autoroute traverse le pays jusqu’à Galway. J’ose même doubler mon premier véhicule… par la droite ! Et ça passe sans casse !

Nous revenons bientôt sur le véhicule de tête, et en à peine deux heures atteignons Galway que nous traversons sans stopper.

Finie la quatre voies, c’est maintenant ronds-points à l’envers, feux tricolores à des emplacements étonnants, panneaux directionnels… déroutants, et surtout la vraie conduite à gauche qui commence ! Au volant de mon 4×4, je teste l’engin… et l’estomac de mes passagers un peu émotifs en doublant dans des conditions pas toujours très catholiques !

Laurence panique, Thierry imperturbable somnole (ou fait semblant), quant à Phil il restera crispé sur sa poignée jusqu’à 12h30, heure de notre arrivée à notre bed&breakfast à Clifden qui sera notre QG d’équipe de France !

Comme d’hab. je vais partager la chambre avec l’ami Manu. Il nous a réservé la 7, notre numéro fétiche, en face de Patrick et Yann.

Nous nous retrouvons tous, y compris Aurélia et Maud alias ‘’Poupoune’’ pour un tour dans le centre de Clifden à la recherche d’un resto.

Notre choix s’arrête, sur les conseils de Poupoune, sur le ‘’Guy’s bar’’.

Le mien de choix s’arrête sur riz-poulet. Surprise : le plat est aussi épicé qu’un plat

réunionnais !! Avantage : ça me donne l’occasion de terminer l’assiette de Laurence ! Miam miam !

De retour du restaurant, le peu de sommeil accumulé ces derniers temps ne laisse pas le choix sur l’option pour l’après-midi : ce sera sieste ! Il était temps, mes yeux se ferment !

Je capte deux minutes de tour de France, pour me réveiller… 2h30 plus tard ! Sieste bienfaitrice, mais les coureurs du tour sont arrivés depuis 30’ !!!

Avec Thierry et Laurence, nous décidons d’aller trottiner un peu sur la partie plate du parcours où aura lieu l’aller/retour. Philippe et Jean Paul nous accompagnent en promenade.

Après 45’ de footing sous la pluie, quelques accélérations et une glissade mémorable (main écorchée, ongle écrasé), nous voilà de retour pieds trempés à la voiture.

Un petit détour par Kylemore Abbey, un des hauts lieux touristiques du Connemara où aura lieu le départ de la course, pour reprendre contact avec l’ambiance du site, puis retour au B&B, toujours trempés jusqu’aux os !

Douche chaude, diner en ville à base de pasta/poisson et retour pour une nuit réparatrice.

Grosse nuit de 9h30 non-stop !

Jeudi 7 juillet :

8h00 : Manu me sort de mes rêves… il est l’heure du petit dèj !

Je saute dans mon survêt. tricolore et rejoins la salle à manger. Toujours ce petit décalage en début de journée par rapport aux autres : tout le monde est déjà attablé !

Copieux petit déjeuner à la british. OEuf, bacon, saumon, corn flacks, thé, toast. Je m’autorise la totale, je « goutte » à tout ! Miam miam !

Pendant que les autres partent courir j’attaque une séance costaude : 30’de repos enchainés avec 45’ de massages dispensés par notre kinesse Marilyne suivis d’une nouvelle séance de repos !!

Midi. Tout le monde est parti sur le site de l’épreuve, à Letterfrack, au pied du « Diamond Hill ». Manu se fait rapidement masser aussi par Marilyne, puis nous partons rejoindre le reste de la troupe. Finalement, c’est à Tully-Cross que nous les retrouvons, à 7km du site et du chapiteau qui devait nous accueillir pour le repas mais qui n’est pas encore monté !

Nous nous retrouvons dans le pub où nous avions assisté avec Manu et Pascal, début mai lors de notre stage, au festival de la moule du Connemara … manifestation phare ici !

Le menu : soupe et sandwich pain de mie – jambon/cheddar ! Quoi de mieux pour un sportif, à deux jours d’un Championnat du Monde !!!

Avec nous, l’équipe des Pays Bas, celle d’Argentine, un membre de l’équipe des Etats Unis et quelques Canadiens au bar.

Le menu ne nous incite pas à nous attarder. Par contre sur la route qui mène au B&B, nous stoppons dans une boutique pour acheter un peu de nourriture plus adéquate et affriolante… galettes de riz et ‘‘Pim’s’’ Irlandais !

De retour à notre chambre, on passe à l’enchaînement galettes de riz – sieste… de 2h30 ! Pas d’arrivée d’étape du Tour de France aujourd’hui non plus !!

Au réveil essayages pour choisir la tenue de course la plus appropriée. Défilé dans le B&B, drapeau français sur les épaules. Cucu inspiré me baptise ‘‘François le Français’’ !

L’heure tourne : repos… lecture…je continue d’accumuler.

20h : c’est l’heure du repas ! Retour au resto de la veille au soir. Cette fois ci, c’est salade, riz, pommes de terre, pâtes. Bref un vrai repas !

21h30 : retour à l’hôtel et accueil du ‘‘clan’’ : Pascal, Sylvaine, et ma Céline et mon Enzo.

Retrouvailles, un bol d’air !

Petite visite rapide de nos chambres, changement de couche pour Enzo et il est déjà l’heure de se séparer. Retour à la ‘‘solitude’’. Manu et moi discutons une bonne heure et demie avant de rendre l’antenne. La nuit est inconfortable. Transpiration, chaleur, réveils, mais sommeil quand même !

 

Vendredi 8 juillet :

Le ‘’défilé’’ des nations…

8h15 : réveil ! Le temps de s’habiller, nous descendons manger… encore une fois bons derniers.

La patronne propose : saucisses, oeufs, bacon, saumon, thé, corn-flacks… et quelques toasts/confiture pour caler le tout. For me ce sera : « All ! »…encore une fois !

S’ensuit un petit briefing de Jef et Phil afin de préparer la course, la logistique, l’organisation sur les différents points de ravitaillements et la répartition des forces en présence dans le staff.

Nous avons également droit à un point sur le balisage, les particularités du parcours, la nature du sol, suite aux repérages réalisés depuis notre arrivée. Tout se prépare gentiment !

11h30 : Départ en fin de matinée avec Manu, Thierry, Maud et Fred d’Endurance Mag pour une reconnaissance d’une portion du parcours. Reconnaissance importante puisque c’est le début de notre long aller-retour soit la portion du 21 au 25ème km que nous emprunterons aussi au retour du 63ème au 67ème kilomètre.

Nous sommes surpris. Une partie de piste dite ‘roulante’ s’avère être bien moins rapide que prévue et agrémentée de montées/descentes traitres qui risquent de faire mal aux jambes !

Vient ensuite une portion de 1,5km de tourbe… portion usante et humide en perspective… Ca me convient tout à fait !

Retour au village où le chapiteau est enfin monté. C’est là que nous devons manger avec l’ensemble des autres équipes nationales.

Exceptionnellement nous avons 20’ d’avance sur le planning prévu ! 20’ que nous mettons à profit pour rejoindre notre clan autour d’une table, en terrasse d’un pub. Ce sera une petite Guinness pour fêter les retrouvailles ! J’en profite pour refaire un point sur le parcours avec Pascal le Coach. Depuis 9 mois que nous y travaillons, tout à l’air ok !

Je retrouve également là mes parents et mon frère venus spécialement pour moi. Ils ont passé la nuit à l’arrache dans la voiture et sous la tente au bord d’un des nombreux lacs à quelques kilomètres du site. La lutte a été farouche contre des escadrilles compactes de moucherons piqueurs. Ils ont eu un faible pour les jambes de mon père, criblées d’impacts.

Quelques photos dans nos belles tenues tricolores, et c’est l’heure du repas. Petit repas de riz, sandwichs et sauce épicée…! Dans la file d’attente, des maillots de tous les pays… un arc en ciel de couleurs.

Le repas est un peu léger, nous ne nous attardons pas…

A 14h, retour au B&B pour une petite sieste… mais le sommeil ne vient pas. Ca y est, l’excitation est là. La course est dans moins de 24h ! J’en profite pour regarder l’étape du jour du Tour de France. Passionnante !

16h30 : Debout ! Le rendez-vous est à 17h30 sur le site pour le début d’une cérémonie très sympathique.

17h30 : Toutes les délégations arborent leurs tenues nationales : 20 pays représentés, autant de maillots distinctifs. Regroupement général sous la tente où les accompagnateurs se glissent discrètement pour assister à la présentation des équipes. Oui, parce que là, pas de défilé en extérieur malgré le soleil qui montre enfin le bout de son nez ! Ce sera donc une présentation des équipes sous la tente… du jamais vu pour les habitués des courses internationales tels que Laurence et Philippe.

Les équipes sont assises autour de tables sur lesquelles se dressent les drapeaux de leur pays respectifs. Appelées chacune leur tour dans l’ordre alphabétique elles se lèvent et se dirigent vers le bout de la salle. Notre tour arrive et nous nous avançons fièrement derrière notre petit panneau ‘‘France’’ brandi par un enfant du village et Poupoune notre porte drapeau.

Improbable cérémonie pour un défilé initialement prévu à l’extérieur dans les rues du village et déplacé à l’intérieur par crainte de mauvais temps… sauf que maintenant le soleil brille franchement et qu’il fait plutôt chaud dedans !

Nous regagnons ensuite notre table. Quant à Poupoune elle a gagné le droit de stationner bien sagement rangée à côté des autres porte-drapeaux, face au public, pendant la suite de la cérémonie.

Enfin le président de l’IAU déclare officiellement ouvert ce « 1st TRAIL WORLD CHAMPIONSHIP »

Petit bol d’air à l’extérieur puis repas sous le chapiteau. Au menu : riz, sauce (trop piquante la sauce), légumes. Tout est bon, mais ce sera light pour moi, car ce soir… pas grand appétit !

Surprenant !!!

Sitôt terminé, retour à notre logement. Demain lever tôt et donc ce soir coucher tôt. Mais avant, le staff souhaite faire un ultime briefing d’avant course.

Le sujet : parcours encore, modalités de course, matériel obligatoire (sifflet et imperméable) et enfin quelques arguments de motivation… toujours bon à prendre !

Un dernier mot de « Papa Phil » qui nous rappelle l’honneur qui nous est fait de porter la tenue tricolore, au cas où notre motivation pendant la course devrait faiblir, j’en ai la chair de poule !

Enfin Jef prend la parole et conclut en nous apprenant qu’il s’agit officiellement du premier « Championnat du Monde », validé par les instances internationales l’année passée, puisqu’en 2009 il s’agissait d’un « Challenge mondial de Trail ». Ce seront donc les premiers titres de « Champion du Monde » qui seront décernés individuellement et par équipe. En fait, par rapport à 2009 seul l’intitulé change…

Quoi qu’il en soit, pour moi l’objectif consistera à faire MA course et à ne pas me préoccuper des autres. J’ai malgré tout, ancré dans un coin de l’esprit, l’idée de faire de mon mieux pour être dans les 3 premiers français qui seront comptabilisés pour le classement de l’équipe…mais il va falloir être à mon meilleur niveau !

Bref, dernières paroles et nous avons le droit de disposer pour rejoindre nos lits… il est 22h00.

Bien difficile de s’endormir avant une épreuve aussi importante !

Mais le sommeil finit par l’emporter…

 

Samedi 9 juillet : Le Grand Jour !

4h45 :

Réveil très matinal pour une journée pas comme les autres ! La nuit aura été agitée !

Cependant, malgré les boules-quies je suis déjà réveillé lorsque le réveil sonne.

Programme du jour ? Ben c’est ‘‘Championnat du Monde’’ !

Malgré l’enjeu je me sens globalement serein. Je saute du lit en caleçon et de bonne humeur, enfile avec fierté un tee-shirt de l’équipe de France et descend avec Manu dans la salle de restauration.

Cette fois, non seulement on est encore les derniers mais ils sont déjà tous repartis !

La fameuse règle des 3h entre le dernier repas et le départ.

Pour ma part j’ai joué la carte de la durée du sommeil…

Ce matin petit déjeuner ‘‘sport’’, pour digérer plus rapidement. Ce sera une moitié de gâteau énergétique et une mixture pâteuse au chocolat qui cale bien comme il faut ! Un thé en prime, histoire de boire un peu.

Ca, c’est fait.

Maintenant, petit brossage de dents sous la douche… d’une pierre deux coups, optimisation du temps à la Mr Bean !!!

S’ensuit la séance habillage. Le cuissard, le tee-shirt ‘‘ France’’, les manchons Compressport Bleu design ‘‘France’’ by Fabrice que je laisse pour l’instant descendus aux chevilles. Un peu de crème anti-frottement sur les pieds et aux endroits tratégiques, et enfin ‘‘the final touch’’ le poignet bleu-blanc-rouge… C’est aujourd’hui ou jamais ! A l’autre poignet, la montre Suunto chargée d’informer sur le dénivelé, la distance et… le temps de course !

Par-dessus le tee-shirt « France », le maillot d’athlé pour être assorti aux autres coureurs de l’équipe de France.

Derniers accessoires : la casquette et les écouteurs.

Choix des chaussures de course. Aujourd’hui, j’opte pour la légèreté avec mes chaussures favorites.

Elles seront moins lourdes que celles d’entrainement ! Performance passe avant confort.

Et par-dessus tout ça le survêt « France » pour rester au chaud avant le départ.

C’est bon ! Ready for me !!!

Les sacs de ravitaillement préparés la veille après l’étape du tour de France sont descendus pour que le staff puisse les disposer aux différents ravitaillements.

Je remonte m’allonger. A peine le temps de méditer 5’ qu’il faut déjà partir !

Ceinture porte-bidon autour de l’épaule avec l’imperméable, le sifflet obligatoire et un gel, sac à dos pour le change, je me présente à l’entrée du B&B.

Dehors, les nuages sont encore bien présents, le plafond nuageux est bas, mais les très fines gouttes de pluie disparaissent rapidement.

Dans la cour un minibus réservé aux athlètes nous attend. Le staff nous suit en voiture.

Je squatte deux sièges et m’installe confortablement ! Musique du MP3 haussée d’un ton… je rentre dans ma bulle.

Maintenant, c’est ‘‘chacun pour soi’’ !

Ponctuel, le bus part à 5h45 en direction d’un pré-rassemblement de toutes les nations sur le site d’arrivée, à Letterfrack.

20’ et quelques virages plus tard : arrivée à Letterfrack. Nous devons être la dernière équipe à se présenter ! Qui a dit : ‘‘Les derniers seront les premiers…’’ ?

L’équipe d’Irlande monte avec nous, tout de vert vêtue et trèfle sur le torse.

Encore 10’ de route et c’est Kylmore Abbey. Il est 6h20.

H-40’ :

A la descente du minibus, le ciel se dégage, du ciel bleu apparait. Seuls les sommets dont celui de Diamond Hill accrochent encore les nuages. La journée va être belle … Tant pis pour la tempête que j’espérais tant !

Sac sur le dos, nous rejoignons le départ. Je suis étonnamment concentré. Ma famille est déjà là. Céline Et Enzo m’ont fait la surprise de s’habiller en conséquence, avec des tee-shirts customisés par Céline à mon effigie !

Un bisou, et nous rejoignons tous ensemble silencieusement le majestueux bâtiment de Kylmore Abbey, où trône l’arche de départ.

Petit échauffement. En route, j’en profite pour m’éclipser derrière une cabane de chantier à proximité de l’Abbey. Un Italien vient d’en sortir, le petit coin doit être propice ! Les odeurs sont fortes, là encore je ne suis pas le premier ! Preuve en est, en repartant je constate que j’ai marché dedans du pied droit… on va dire que ça porte bonheur !!! Je ‘‘paillassonne’’ vite fait sur l’herbe en me disant que de toute façon il n’y paraitra plus dans quelques minutes avec le parcours qu’on nous réserve !

Suite de l’échauffement autour du parc et retour auprès du clan pour commencer à se mettre en tenue. Quelques photos souvenirs avec Céline et Enzo, avec mes parents et mon frère, avec le staff du team. Enzo arbore un magnifique t-shirt « Allez papa ! ». Je me prête à cette séance photos mais je suis déjà ailleurs…et pourtant tellement détendu.

H-15’ :

Retrait du survêt. Le sac à dos est confié à Pascal. Il contient une paire de chaussure de secours pour le ravitaillement du 40ème au cas où mes pieds souffriraient du parcours et de l’humidité.

Me voilà en tenue.

Derniers aller/retour devant l’Abbey et quelques petites accélérations.

Les minutes s’égrènent. Nos familles partent, avant que la route ne soit coupée, vers les pentes de Diamond Hill, première grosse difficulté du parcours où elles nous verrons passer à quatre reprises. Maintenant, sur l’esplanade de l’abbaye ne restent plus que les trailers.

H-5’ :

Avec tous les autres coureurs je viens me placer derrière la ligne sous l’arche de départ. Je me poste tout à droite, au pied du boudin gonflable.

A mes côtés, les copains de l’équipe de France au grand complet tous en première ligne.

A proximité quelques irlandais, un tchèque, des italiens pas loin, un argentin. Un patchwork de maillots nationaux.

Mais je ne vois plus rien. Dans ma tête la course a commencé.

Ca y est, dernière minute avant de s’élancer… l’officiel annonce le départ imminent. Puis c’est le compte à rebours.

5…4…3…2…1 ! Les premiers s’élancent avant même le zéro !

C’est parti. Le troupeau se met en route progressivement. Il faut mettre la machine en marche.

Quelques éléments de la mécanique grincent. Pour moi, c’est un tendon d’Achille un peu sensible et un genou gauche qui se souvient d’une chute sur un caillou à l’entrainement 10 jours plus tôt.

Mais oublions ces bobos. Les douleurs sont les plus fidèles compagnons du coureur dit-on !

La course est lancée, reste plus qu’à faire le maximum maintenant. Plus le droit de faire marche arrière ! Et puis de toute façon, je n’ai jamais été aussi serein avant une course, aussi confiant dans ma préparation et mon niveau de forme… alors pas de raison de s’inquiéter.

Avec Manu nous sommes aux avant-postes, aux côtés d’un argentin, d’un canadien, d’un grec, d’un italien, d’un américain, d’un espagnol… Bel assortiment !

Tout s’accélère très vite. Un argentin, Gustavo Reyes, et le canadien Jason Loutitt prennent les devants. Le tchèque Daniel Oralek les suit à quelques mètres. Derrière, un petit trou se creuse rapidement.

Pour ma part, je m’en tiens à une allure « modérée ». Ma montre, reliée à mon footpod indique tout de même…16km/h ! La course va être longue ! Devant ils sont sûrement à plus de 17km/h… les fous !

Quelques petites douleurs me rappellent qu’un départ trop rapide pourrait être lourd de conséquences.

Je me cale donc autour de la quinzième place sur l’allée qui traverse le parc de Kylmore Abbey, en queue du premier gros peloton. Tous les français sont là mais on retrouve aussi l’équipe de Norvège ainsi que pas mal d’Italiens !

A la fin de ce premier kilomètre, des groupes bien distincts se forment.

Sortie du parc, trois kilomètres et demi de route. Le sol est dur. Les douleurs sont plus que jamais présentes. Je me laisse décrocher de quelques mètres tout en contrôlant l’écart.

Derrière, un petit trou est fait.

Mes équipiers sont dans la première moitié du groupe. Devant, toujours les mêmes avec une centaine de mètres d’avance.

Au deuxième kilo je recolle. Encouragements des femmes de Thierry, Yann et Patrick qui

nous doublent en voiture et s’en vont rejoindre Diamond Hill.

Au troisième kilomètre, j’arrive à hauteur de Patrick, puis de Thierry. Manu est légèrement devant et Yann à l’air en forme. Me voilà enfin au coeur du groupe, cinq maillots tricolores ensemble !

L’allure est toujours aussi rapide. 16-17km/h. Ca risque d’exploser dès la première ascension ! J’essaie de me relâcher malgré le tempo soutenu.

Quatrième kilomètre.

Nous sommes en approche de Letterfrack et donc de la première des deux ascensions de Diamond Hill. Pascal est sur le bord de la route. Il nous encourage comme il sait si bien le faire. Manu lui jette quelques vêtements devenus encombrants. A mon tour, je quitte mes manchettes : le rythme de la course les a rendues superflues !

Nous entrons dans le village. Quelques spectateurs sont là et nous encouragent.

Virage à gauche. Nous quittons définitivement la route principale pour attaquer la boucle qui nous enverra gravir par deux fois le redoutable Diamond Hill encore dans les nuages. Deux fois 400m d’ascension. Un bel apéritif !

La petite route s’élève dès le virage franchi. En tête de notre groupe d’une quinzaine d’éléments partis en chasse des quelques échappés, c’est un rideau bleu-blanc-rouge qui ouvre la route. Nous sommes tous les cinq devant !

Cinquième kilomètre.

Entrée du Parc National du Connemara : un des nombreux militaires présents pour la sécurisation de la course est posté là, au garde à vous. Nous défilons un peu étonnés sous son nez !

Fin du bitume et piste en gravillons bien entretenue. Diamond Hill étant le haut lieu du Parc National, c’est une montée entièrement aménagée. Chemin gravillonné sur les parties les plus « plates », dalles de schiste en guise d’escaliers quand la pente est plus forte.

Le parc de jeux pour enfant : je sais, suite à notre reconnaissance, qu’à partir de là il nous faudra à peu près 20’ pour atteindre le sommet. Vingt minutes pour monter les 400m de dénivelé en 3km.

Dès les premières pentes, le peloton s’étire. Devant, toujours Gustavo Reyes, Jason Loutitt, Daniel Oralek, ainsi que deux surprenants norvégiens, Thorbjorn Ludvigsen et Sverre Slethaug. Les norvégiens sont venus en reconnaissance une semaine avant Manu et moi. Ils sont eux aussi imprégnés des caractéristiques ‘‘spéciales’’ de ce parcours atypique.

La veille dans un pub de Letterfrack mes parents ont fait connaissance avec la mère de Thorbjorn devant un Irish coffee. Elle leur a confié qu’il se débrouillait bien…

Premiers escaliers. Je suis au coude à coude avec un Italien et un Grec.

Je fais un petit écart en haut des escaliers pour les passer. Thierry et Yann sont devant.

Relance sur une portion de chemin, puis nous accédons à une passerelle en bois sur pilotis pour éviter une zone de tourbe. Petite trêve dans la montée avec cette partie plane.

Devant nous maintenant se dresse l’énorme rocher planté dans la pente qui sert de point de repère. C’est au pied de ce rocher que nous passerons 4 fois puisqu’il se situe au centre d’une boucle en « 8 » à faire 2 fois. Nous y passerons en montant et en descendant lors des deux boucles. Mais déjà j’entends les cris d’encouragement de nos supporters perchés sur le rocher ou en bordure de piste prêts à déclencher leurs appareils !

Je passe devant mon père, couché dans la tourbe pour de plus belles prises de vue ! « Allez Rik ! ». Je pointe autour de la dix-douzième place. Il m’avouera plus tard qu’à ce moment-là deux pensées lui ont traversé la tête : « Soit il est dans un jour sans, soit il part sagement (pour une fois)…et ça promet d’être intéressant ! »

Le chemin s’élève à nouveau. Un peu plus loin, c’est Katy et Laurent qui nous encouragent.

Le chemin permet de doubler, j’en profite pour passer deux Italiens.

Un peu avant le 7ème kilomètre, la montée d’escaliers en dalles de schiste commence. Des escaliers irréguliers et glissants, rendant l’ascension un peu plus compliquée.

Je reviens sur Yann et le lâche. Je me retourne. Patrick reste à une vingtaine de mètres derrière moi, intercalé parmi les autres coureurs. Derrière, je ne vois plus Manu. Il ne doit pas être bien. Il est déjà loin. Aïe aïe aïe !

Devant, Thierry monte à son rythme. Il est mieux, il nous distance.

Quelques marches un peu plus délicates et chaotiques, taillées dans la roche. Je dois poser les mains pour m’équilibrer et ne pas chuter. Nous continuons à gravir au petit trot les marches qui mènent au sommet et pénétrons bientôt dans le nuage. La visibilité se réduit à une cinquantaine de mètres ! Le froid saisit un peu avec la brume.

Enfin sur la crête ! Thierry doit être à une centaine de mètres devant. Patrick m’a rejoint et Yann est distancé. Les deux Italiens sont à nos trousses.

Ca y est, le sommet. Conformément au plan il m’aura bien fallu 20’ pour y parvenir ! Comme lors de la reconnaissance… sauf qu’aujourd’hui il me reste encore 62km à courir ! Je me rappelle parfaitement de la descente, très technique, et avec la brume très glissante ! Je m’y engage. Volée de marches très pentues. Je lâche les freins. Patrick est à nouveau distancé ainsi que les deux Italiens un peu plus loin derrière et devant l’écart avec Thierry très prudent s’amenuise.

Fin des escaliers : je zappe sagement les dernières marches pour éviter toute glissade, préférant la tourbe humide juste à côté ! Nouvelle passerelle en bois, nouvelle volée de marches puis relance sur une partie plane recouverte de dalles.

Neuvième kilomètre.

Je reviens sur Thierry, que je finis par doubler à la sortie d’un nouveau ponton. Il descend prudemment et je le lâche rapidement.

Nouvelle passerelle. Dans le dernier mètre je saute pour prendre appui sur une dalle de schiste.

Mauvaise poche !

Mon pied glisse et je ne peux éviter la chute ! Réception lourde… sur le genou gauche déjà douloureux et sur les mains ! L’espace d’un éclair je crains le pire, mais je me relève aussitôt et reprend mon allure.

Quelques mètres derrière, Thierry me hèle : « Ca va ? » « Oui ! »

Réponse réflexe, mais le genou me lance et je serre les dents !

Le constat est vite fait. Mes mains sont maculées de boue… mélangée au rouge de mon sang !

La peau de mes paumes est déchirée et soulevée… beurk ! Rien de grave la machine tourne encore.

Mais je ne vais quand même pas souiller de mon sang le maillot de l’équipe de France en m’essuyant dessus ! Sacrilège ! Tout en courant je secoue les mains pour les égoutter.

Le picotement de mes mains masque un peu la douleur de mon genou, qui saigne lui aussi.

Rien de cassé puisque je peux courir ! L’épisode aura duré deux secondes. Je laisse les douleurs de coté…place à la course !

Retour au rocher des supporters.

Dix kilomètres de parcourus… et ça se passe pas trop mal !

L’écart avec Thierry derrière augmente. Les deux Italiens l’ont rejoint et je reprends sur le Tchèque qui me devance. Je dois être autour de la 7 ème place.

Petit enchaînement de marches que je dévale trois par trois, passant devant mon père qui mitraille. Céline de son coté mitraille aussi, mais avec Enzo en écharpe en plus !

Maintenant bonne piste et full power. Encore 400m de descente, virage à droite puis c’est du plat. L’écart avec l’arrière se creuse et je passe Daniel Oralek, le Tchèque. Il ne s’accroche pas. Mon frère est posté justement là et me crie dessus !

Onzième kilomètre.

La piste replonge vers le site d’accueil du parc. J’allonge la foulée, ça va vite mais à l’aise.

Quelques spectateurs et des encouragements au passage. Je me rapproche de l’Italien Lorenzo Trincheri et de Gustavo Reyes l’Argentin un habitué des victoires en Amérique du Sud qui ont fugué dès les premiers hectomètres.

Dernière rampe à dévaler avant de passer sur l’aire d’arrivée où nous terminerons définitivement la chevauchée dans… quelques heures.

Et de douze (kilomètres) !

Premier ravitaillement un peu plus loin après avoir contourné l’espace vert. Pascal gère l’affaire. Je lui lance mon bidon pas tout à fait vide et, sans m’arrêter en saisis un nouveau.

Celui-ci doit me faire 16km, mais plus difficiles que les 12 premiers.

Mes douleurs aux genoux se sont estompées et je ne sens plus mes écorchures aux mains.

Pointage : 6ème. Je me sens très bien, mais la course ne fait que commencer. Sortie de l’aire de ravitaillement sur les talons des deux coureurs qui me précèdent. Et nous voilà repartis à l’assaut de la seconde ascension de Diamond Hill !

Sur 300m, nous croisons ceux qui atteignent l’aire d’arrivée. J’y croise Manu et lui fait un petit signe. Il a le masque et semble très mal.

Début de la montée : je reviens tour à tour sur Lorenzo et Gustavo.

Treizième kilomètre

Je passe donc… 4ème de la course. Bien mieux que ce que j’aurais pu espérer à ce stade de la course !

Je m’engage avant eux sur la première volée de marches.

Encore parti pour une grosse montée, Thierry est revenu sur moi et me double juste avant d’attaquer la piste en bois sur pilotis. Je sais qu’il monte mieux que moi et je ne cherche pas à m’accrocher. Je suis déjà satisfait de voir l’écart grandir avec les deux coureurs que je viens de doubler !

Quatorzième km.

Passage au niveau de mes supporters, au bord de la piste, perchés sur le gros rocher avec le drapeau tricolore ou postés dans la tourbe pour lancer leurs encouragements et prendre des photos.

L’écart avec Thierry s’accentue progressivement, je maintiens la meilleure allure possible pour le limiter. Les cuisses chauffent dans les escaliers, et je me contrains à marcher dans la dernière volée. Derrière, les Italiens et l’Argentin restent à bonne distance.

Quinzième kilomètre.

Fin de l’ascension. Le nuage s’est presque totalement dissipé. La visibilité s’améliore. Je me lance sur la crête jusqu’au point sommital. Thierry a une grosse centaine de mètres d’avancesur moi.

Entame de la descente avec son début technique. Thierry prend plus de risques qu’au premier passage, je n’arrive pas à revenir. Première passerelle en bois, celle que j’avais esquivée tout à l’heure. Et patatras ! Un appui sur le bois trempé et zou… deuxième figure acrobatique !

Superbe plongeon à plat ventre ! Deuxième chute !

Seizième kilomètre et deux chutes au tableau de chasse… pas mal !

Etalé de tout mon long sur les lattes de bois ! Je me relève un peu secoué. Mon maillot est imprimé en diagonale par les lattes… je suis zébré de marron !

Et j’enchaine aussitôt, sans prendre le temps de faire un état des lieux plus poussé.

C’est un Championnat du Monde, pas le droit de faire la chochotte ! C’est reparti, à la poursuite de Thierry.

Derrière, l’écart est stable, comme celui avec Thierry.

Les sensations sont très bonnes, je ne souffre pas trop et pourtant, l’allure est élevée !

Je suis sur les mêmes allures qu’au tour précédent.

Dix-septième kilomètre.

Passage sur le lieu de ma première chute. Cette fois je prends mes précautions à la descente du ponton et prends appui à coté de la dalle en schiste qui m’a trahi au premier tour !

Retour vers le gros rocher, passage devant Katy et Laurent, qui ne manquent pas de m’encourager encore. Plus loin, mes supporters. Ma mère d’abord, puis Céline avec Enzo, Sissi et les parents de Manu.

Je suis 5 ème, et tout fier de ma place, mais nous n’en sommes à présent qu’au dix-huitième kilomètre !

Derniers escaliers, je relance aussitôt et reçois probablement mes derniers encouragements avant le ravitaillement du 28 ème kilomètre. Je suis boosté à fond !

En bas, Thierry a toujours 200m d’avance. Derrière, les Italiens sont bien lâchés. J’en suis bien content car ce sont des coureurs dangereux ! Mais un athlète, que je prends d’abord pour un Estonien, fait l’effort pour revenir sur moi. Il s’agit en fait d’un Sud Africain du nom de Iain Don-Wauchope. Je relance pour maintenir l’écart avec Thierry.

Nous sommes 4 et 5 ème, mais les Italiens ne sont pas très loin et les Norvégiens occupent les 2ème et 3ème places ! Il va donc falloir se battre jusqu’au bout pour le titre par équipe !

Fin de la deuxième boucle. Le parcours part maintenant pour une toute autre destination, une toute autre mesure. Plus rien ne sera pareil maintenant. La nature du sol va changer. Le dénivelé va également changer. Au menu, des variations de rythme à répétition.

Thierry tourne à gauche pour franchir le portail qui nous fait quitter le site touristique de Diamond Hill. Quelques secondes plus tard, c’est à mon tour de franchir ce passage sous les encouragements de mon frère posté là, toujours drapé dans son étendard tricolore.

Je fais enfin mes premiers pas dans la tourbe.

Dix-neuvième kilomètre.

Sur le bord, accroupi appareil photo en main, mon père m’encourage à son tour. « Allez Rik ! ». Je suis très bien. Descente chaotique à travers un champ. Slalom entre des barrières et des murets. J’allonge le plus possible. Ca y est, mes pieds sont trempés. Ils le resteront jusqu’à l’arrivée ! En bas, l’écart avec Thierry s’est réduit, mais également celui avec Iain derrière ! Un ruisseau. Un pont de fortune constitué de poutres, je l’enjambe.

De l’autre côté, quelques mètres délicats en sous bois le long du ruisseau pour en ressortir par un petit raidillon. Puis une montée avec les pieds dans la tourbe trempée. On s’enfonce jusqu’aux chevilles dans ce terrain spongieux.

Je cours en puissance à travers un nouveau champ. Thierry me reprend quelques mètres sur ce passage, et Iain se rapproche à quelques foulées de moi. Plus loin derrière, l’écart se maintient, nous avons une petite marge.

Vingtième kilomètre.

Nous avons atteint une nouvelle crête. Descente sur l’autre versant. Une nouvelle rivière à passer se présente à nous. De l’autre côté, sur la colline suivante, un cimetière est en vue.

Point de repère mémorisé lors de notre reconnaissance de la veille en voiture et qui conclut cette première partie de tourbe d’1,5km.

En attendant, je dégringole la pente à grandes enjambées, un peu désarticulé, en essayant de maintenir tant bien que mal l’équilibre avec les bras !

En bas, nouvelle passerelle au-dessus d’un ruisseau. Franchissement prudent pour ne pas glisser et ascension du nouveau pré de tourbe jusqu’au cimetière.

Le sud-africain est maintenant avec moi et Thierry une centaine de mètres devant.

Nous contournons le cimetière sur un sol très inégal pour enfin arriver au chemin d’accès.

Retour sur sol dur, la foulée redevient plus ample. Encore deux cents mètres, et nous arrivons à la vieille route emprunté la veille en voiture. Maintenant, nous voilà engagés sur 5km de cette piste traitre, avec des montées et des descentes, bien qu’annoncée en pente régulière sur le profil de course. En vérité c’est un véritable casse-pattes !

Vingt et unième kilomètre.

Passage à moutons sur des rouleaux métalliques. Prudence, franchissement au pas !

Iain passe devant. L’allure se durcit. Devant, Thierry imprime à distance un train d’enfer !

Au loin, bien plus loin devant, j’aperçois les deux maillots rouge des norvégiens. Ils font course commune. Quant au canadien, aucune trace. Il s’est fait la belle !

Le sud-africain accélère dans la première descente. Ca s’emballe ! Avant le bas de la descente, je le laisse me prendre quelques mètres, mais suis un peu inquiet par la tournure des évènements. Je n’ai pas envie de me laisser entraîner dans un sur-régime qui me serait fatal sous prétexte de rattraper au plus vite Thierry. La course est encore bien longue !

Dès le bas, Iain a déjà rejoint Thierry, 75m devant moi.

Vingt-deuxième kilomètre.

Notre allure doit être élevée car l’écart avec les deux norvégiens à l’air d’avoir fondu, même s’il reste encore important. Effectivement, à la montre, j’ai 16/17km/h ! Sur cette partie, la vue est bien dégagée. Autant devant que derrière. Et derrière, l’écart est conséquent aussi.

En bas nous nous engageons, toujours sur cette route ravagée de trous, sur un faux plat montant d’un bon kilomètre. Je reprends quelques mètres sur le duo qui me précède, et continue ma progression au train, sans excitation, à mon propre tempo. Nous  contournons la colline par la droite. Aucune végétation haute. Que des tourbières.

Vingt-troisième kilomètre.

Toujours au même rythme régulier, je m’approche du point haut. Tout en bas, derrière, les poursuivants. La descente est vite avalée et nous nous rapprochons très vite des maillots rouges de Thorbjorn Ludvigsen et Sverre Slethaug, les deux norvégiens. Passage à l’orée d’un bois, puis au bout du lac « Lough Auna ».

Vingt-quatrième kilomètre.

A ce point, les deux norvégiens sont à portée de fusil, Thierry et Iain à un jet de caillou.

L’écart se ressert.

Passage devant une grange en tôle encore plus mal en point que la route.

Là on attaque la pente.

Cette fois-ci, les pourcentages sont sévères ! Si la montée précédente tournait à 6/7%, celle-ci est certainement plus proche des 13% ! La foulée se fait courte et la vitesse chute !

Sur la gauche, on surplombe maintenant le lac, dominé en arrière-plan par les Twelve’s Bean, les montagnes que nous aurons ensuite à gravir. Le lac est encadré d’un côté par une vaste forêt, de l’autre par une grande étendue de tourbe… qui nous attend !!!

Vingt-cinquième kilomètre.

Les écarts s’amenuisent. Sverre et Thorbjorn devancent Thierry et Iain d’une centaine de mètres, ces derniers me précédant d’environ soixante mètres.

Au loin, des militaires sont en faction. C’est là que débute un nouveau calvaire : 2km de tourbe !

Les rouges tournent. Le binôme franco/sud-africain les imite bientôt puis c’est mon tour.

Franchissement d’un petit pont de fortune puis escalade d’une clôture par une petite échelle installée là à demeure.

Vingt-sixième kilomètre.

Les pieds commençaient juste à sécher, tant pis, il faut les immerger à nouveau dans la tourbe !

Devant, un quatuor s’est formé. La jonction est opérée. Je me retrouve seul derrière à l’entame de cette portion de galère ! Nous commençons par une longue descente en lisière de bois, les pieds dans l’humidité de la tourbe, et les chevilles sollicitées par les appuis imprévisibles. Les jambes s’en vont dans tous les sens, c’est un exercice d’acrobate pour rester debout !

Bien qu’en descente, la vitesse est limitée ! Pas de folie ! Je perds un peu de terrain sur cette longue portion… de 600m. C’est de la haute voltige ! Je « profite » de la souplesse du sol pour enchaîner deux chutes successives. Belles figures de style !

Même si notre cheminement est clairement indiqué et que le quatuor me montre la trajectoire, je reste concentré sur le balisage. Une rubalise orange fluo tous les 50m nouée en haut d’un piquet. C’est que l’erreur de parcours en trail peut jouer de vilains tours, j’en ai déjà fait la triste expérience.

En bas, un ruisseau à sauter, suivi d’une clôture avec petite échelle. Je n’ai plus qu’une quinzaine de secondes de retard sur les quatre coureurs.

Maintenant, c’est plat… mais la nature du sol rend la progression toujours aussi pénible.

Toujours la même chose… toujours de la tourbe ! Une allée bizarre se présente, un véritable tapis de mousse flottant. Les pieds s’enfoncent jusqu’aux chevilles voire jusqu’à mi-mollet.

Il faut à chaque foulée extirper les pieds de ce bouillon !

J’essaie d’esquiver au mieux en remontant un peu dans la pente mais c’est toujours aussi humide !

Les muscles sont soumis à rude épreuve sur ce terrain.

Vingt-septième kilomètre

Zone de quelques mètres qui semble très humide. Je viens de voir Thierry s’y enfoncer. Je prends un peu plus de vitesse pour survoler ce passage d’un bond. Impulsion… je franchis presque l’obstacle et me plante royalement dans la boue de l’autre côté… jusqu’en haut de la cuisse ! Une jambe vient de disparaître dans le sol et je suis à plat ventre sur la tourbe, tentant de m’extirper de là au plus vite. Réflexe de survie ? J’en ressors en 2 secondes.

C’est reparti mais dans la bataille les premières crampes apparaissent ! Aïe, seulement 27km et déjà des crampes ! Ca va être très très long ! Certainement l’humidité qui joue son rôle destructeur.

Il reste 600m de tourbe. Lors de la reconnaissance j’avais remarqué qu’un peu plus haut le sol était plus rocheux… et donc moins humide ! La foulée devient tout de suite plus efficace et moins désordonnée ! L’écart avec mes cibles se réduit.

Une vingtaine de secondes de retard, et devant, ils sont toujours quatre. Bientôt nous retrouvons une vieille route et la progression devient plus facile.

Floc floc floc… les chaussures sont imbibées. Je force un peu le rythme, l’écart se resserre un peu.

Vingt huitième kilomètre … et toujours floc floc floc !

500m de bitume et j’aperçois mon frère perché sur le garde corps d’un pont de pierre ! Juste avant, passage à bestiaux avec rouleaux métalliques que je franchis à nouveau en marchant pour éviter la chute.

Yankell m’encourage comme un beau diable. Il est fou ! Il y a de quoi… je suis 6 ème à une poignée de secondes des 2, 3, 4 et 5ème !

Encore 100m et j’entre dans l’aire de ravitaillement. Au moment où j’arrive à la table « France », Thierry repart avec quelques secondes de retard sur Iain le sud-africain.

Je passe sans m’arrêter, concentré sur ma course, et pas là pour faire une pause dégustation !

Du coin de l’oeil, je suis surpris de voir deux coureurs arrêtés. Il s’agit des deux norvégiens…qui remplissent consciencieusement leurs camelbacks ! Je ne m’attarde pas et quitte le ravitaillement, encouragé par mes parents, mon frère et le staff France.

« Allez Erik c’est tout bon ça ! »

A la sortie on nous annonce 5’30’’ de retard sur le premier…Ouche ! En à peine 30 kms c’est énorme !

De retour sur la piste, quelques derniers encouragements de spectateurs isolés avant de partir pour environ 1h20 sur une portion très difficile et déserte. Je disparais bientôt dans le chemin forestier.

Devant moi, Thierry et le Sud-africain ont une quarantaine de mètres d’avance. Je me sens très bien. Galvanisé par les encouragements de ma famille je relance fort.

Mon foot-pod annonce plus de 16km/h alors que nous sommes sur une piste en léger faux plat montant ! Et maintenant que j’ai passé les deux norvégiens, me voilà en plus à la quatrième place !

Maillot tricolore sur les épaules, il ne m’en faut pas plus pour voler !

Pour l’avoir reconnu début mai avec Manu, je sais que ce tronçon de piste peut vite paraître très long. Effectivement, sur la carte longuement analysée, nous avons évalué à 3km cette portion la plupart du temps en faux-plat montant.

Avec l’allure rapide que je soutiens le sud-africain Iain, lâché par Thierry est vite repris. Il a peut-être présumé de ses forces dans la partie précédente et maintenant il accuse un peu le coup.

Je le reprends donc et le décroche aussitôt pour maintenant revenir sur Thierry.

A la faveur d’une petite rampe, je recolle à Thierry. Petit encouragement et je prends le commandement pour donner le tempo. Nous continuons à bonne vitesse l’un derrière l’autre.

Vingt neuvième kilomètre :

Passage d’une rivière ! Une quinzaine de mètre les pieds dans l’eau à mi-mollets. Prudence de mise. Le fond est constitué d’une dalle de pierre avec quelques cailloux. Glissade possible !

Nous traversons sans encombre. Derrière, personne, l’écart est déjà fait. Je relance sitôt le gué franchi accompagné par mon équipier. Quelques petites montées un peu plus prononcées, des faux plats descendants. Nous soutenons toujours un gros train. Je mène la plupart du temps même si Thierry coopère en relançant de temps en temps. Je me sens fort et comme le travail doit être fait c’est à moi qu’incombe la tâche de tenir l’allure.

Une descente un peu plus prononcée, j’allonge et souffle. A nouveau une montée, plus longue que les autres et qui amorce une longue courbe.

Trentième kilomètre.

Un quad est revenu à notre rencontre après avoir laissé l’homme de tête et nous accompagne maintenant. Je relance dans la montée, toujours en compagnie de Thierry. Nous sommes 2ème et 3ème. Enorme !

Je suis vraiment bien, et malgré les petites douleurs du départ au genou et au tendon d’Achille, c’est la super forme !

Nous atteignons bientôt l’endroit signalé par « Papa Phil » lors de sa reconnaissance de la veille : « Il faudra quitter la piste pour s’engager à droite sur un chemin en éboulis pendant 400m.

Soyez vigilants, car à mi pente, vous devrez tourner à gauche et reprendre de la tourbe ! C’est balisé mais restez concentrés ! »

Trente et unième kilomètre.

Effectivement, fin de la grande courbe et quelques centaines de mètre plus loin nous arrivons au pied de l’éboulis. Mais les indications de Phil deviennent superflues : un militaire se tient posté là pour nous indiquer la piste à suivre et le balisage saute aux yeux.

C’est parti pour le pierrier. Il est moins long que prévu : 200 mètres de torture pour les chevilles sur ce pseudo-chemin et un nouveau militaire nous oriente vers la gauche. Nous retrouvons la tourbe !

Nouvelle immersion dans ce sol gorgé d’eau.

Derrière, toujours personne, mais devant l’homme de tête reste invisible aussi !

Nous nous aventurons, Thierry dans ma foulée, à flanc de montagne dans cette tourbe toujours aussi molle et inappropriée à la course à pied ! C’est que là-bas, dans le Connemara, même quand le terrain est en pente il reste imbibé d’eau, défiant les lois de la physique !

Thierry profite de cette portion un peu plus délicate pour passer devant. L’allure a bien entendu faibli, mais nous restons sur un bon rythme de croisière. Pour ma part, seuls les appuis posent problème, les sensations sont au vert malgré quelques prémices de crampe sur certains appuis un peu moins stables.

Une montée, toujours pieds dans l’eau, je colle au plus près à Thierry. Les rubalises sont là, tous les 10m.

Trente-deux kilomètres parcourus !

Un militaire trône en haut. Nous ne pouvons pas nous égarer !

Nous nous en approchons à petites foulées désorganisées. En haut, juste avant de basculer, coup d’oeil en arrière. Nous possédons une légère avance sur un petit groupe au sein duquel je crois discerner un maillot tricolore ! Bonne nouvelle !

Toujours les pieds dans la tourbe. Thierry relance plus fort. Je garde mon rythme sans prendre de risque. Petite descente, traversée d’une plate-forme complètement détrempée que j’essaie d’esquiver par la gauche, mais c’est toujours aussi marécageux !

Nouvelle descente. Nous perdons un peu d’altitude pour passer un vallon creusé par un torrent. Et encore des militaires pour nous indiquer le passage ! Dans la descente je pense à mes chevilles : des cailloux traîtres sont parfois cachés au milieu des touffes d’herbe.

Nous arrivons rapidement en bas pour sauter le ruisseau. Une petite crampe resurgit… De l’autre côté une clôture avec marche-pied en bois pour la franchir. Les militaires nous indiquent le passage, mais le balisage mis en place ne permet pas de se tromper. Je l’enjambe à la suite de Thierry.

A partir de là, c’est une autre affaire !! C’est parti pour 550m de dénivelé positif non-stop jusqu’au sommet.

Le sommet du parcours, le point culminant du Connemara, l’épouvantable : Benbaun

Mountain et son final avec une rampe à 35/40% !

Trente troisième kilomètre.

Thierry sort ses bâtons, j’essaie de maintenir une petite foulée malgré la pente. Le terrain est moins humide, et les appuis sont un peu plus faciles.

Au bout de quelques minutes une première crête est atteinte. Derrière, les coureurs sont loin…sauf un ! Il n’est plus qu’à une cinquantaine de mètres : c’est Patrick !

Un petit replat très court qui me permet de souffler un peu, et c’est reparti pour la seconde partie de la montée… la plus raide !

Thierry est 50m devant et Patrick à une trentaine de mètres derrière.

Devant nous, un mur s’élève. Benbaun se mérite !

Ici, pas de sentier, des petits fanions orange plantés tous les 10 mètres indiquent la trace à suivre. De toute façon, l’itinéraire est simple : droit dans la pente !

Il n’est plus question de courir ni même de faire semblant. A présent, c’est marche forcée !

Thierry devant pousse sur ses bâtons, je m’accroche à distance pour limiter l’écart au sommet et revenir sur les parties plus « courantes » !

Tout en haut, j’aperçois enfin un point au loin devant… c’est le canadien ! Il a une belle avance ! Ce n’est pas la peine de songer à le rattraper dans l’immédiat… mais la course n’est pas finie ! Nous voilà maintenant trois français presque ensemble pour une balade tricolore !

Trois français aux 2ème, 3ème et 4ème places ! Voilà qui gonfle le moral : trois amis regroupés pour mettre leurs forces en commun.

Je pousse un peu la machine pour retarder le moment ou Patrick me doublera, essayant tant bien que mal de limiter aussi l’écart avec Thierry.

Trente quatrième kilomètre.

Je pousse, je pousse, mains sur les genoux, et me hisse sur un replat intermédiaire au moment ou Patrick fait la jonction. Thierry est toujours 50m devant et aborde déjà la rampe, le mur !

Ce mur, c’est 300 mètres sur de petits éboulis où le pied dérape dans un premier temps puis sur de l’herbe, une vraie patinoire, mais avec une pente de psychopathe ! Escalader mains sur les genoux devient impossible. Il faut s’accrocher aux touffes d’herbes pour garder l’équilibre.

Le moindre faux-pas, la touffe d’herbe qui cède et c’est retour à la case départ ! Nous l’avions repéré avec Manu en mai, sans réellement être certains du passage qui nous paraissait tellement improbable… L’irlandais est imprévisible, rien ne l’effraie !

J’escalade côte à côte avec Patrick. La scène doit être comique. Deux sangliers, quatre pattes dans la pente, le groin au ras des touffes d’herbe ! Mais il n’y a rien à manger !!

La fin est encore plus vertigineuse et très glissante. C’est du funambulisme, je n’ose pas regarder derrière !

Ouf, ça y est presque ! Après s’être halés sur le plateau qui précède le point culminant, nous pouvons enfin reprendre une allure plus soutenue. Je pense déjà avec une certaine inquiétude au retour ! Ce que nous venons d’escalader… il faudra le descendre !!! Et moi qui suis limite pris de vertige…j’appréhende !

Patrick relance plus fort que moi et rejoint un peu plus loin Thierry sur ce plateau. Il me faut quelques secondes pour reprendre mon souffle avant de me lancer à l’assaut du dernier ressaut. Maintenant, le sol est rocheux. Les pieds sont enfin sur un sol sec… trempés certes mais sur sol sec !

Thierry et Patrick escaladent la dernière difficulté rocheuse en haut de laquelle est posté notre coach national. Certainement épaté de voir débarquer trois français, il nous hurle sans ménagement ses encouragements. Il nous indique un écart de 6’ avec l’homme de tête… belle avance ! Vraiment costaud ce canadien.

J’arrive au cairn sommital une dizaine de secondes après les deux autres tricolores.

Trente cinquième kilomètre.

Juste le temps de prendre un gel et une gorgée de boisson, à peine le temps de souffler et je me lance à la poursuite de mes deux compagnons, sachant l’effort à plusieurs plus facile que tout seul.

Rapidement, nous trouvons une trace avec quelques cairns qui balisent la bonne direction.

Nous progressons sur la crête rocheuse. Déjà loin derrière, Philippe nous hurle inlassablement ses encouragements. Ca fait chaud au coeur.

Dans la descente qui sinue à travers les blocs de rochers, j’arrive à revenir sur mes deux coéquipiers. Nous poursuivons en file indienne sur le sentier jusqu’au col. Et là, descente dans la vallée ! Descente ou plutôt plongeon car la pente est raide… très raide !

Nous nous y engageons les uns après les autres… Séquence kamikaze ! Chute sur chute, vidéo gag ! Sur les fesses, sur le dos, sur le côté… Rapidement l’évidence s’impose à moi : le meilleur moyen de progression c’est… sur les fesses !

Trente sixième kilomètre.

Du coup, comme sur une pente enneigée, je glisse sur les fesses en ramant avec bras et pieds pour m’aider à glisser. La descente est si pentue qu’il n’y a pas beaucoup d’efforts à faire ! Je reste néanmoins vigilant : des cailloux aigus dépassent du sol ! A mes côtés Patrick esquisse un sourire ! Bientôt il m’imite en alternant fesses/debout ! Toujours devant, Thierry glisse un coup d’oeil furtif derrière lui. Lorsqu’il me voit, il éclate de rire… et chute ! Je poursuis sur 150 à 200m avec cette technique. Les fesses seront sûrement un peu râpées et je risque quelques trous dans mon cuissard, mais peu importe.

Et comme disait Emil Zatopek : « lorsqu’on notera la technique en course à pied, peut être sera-t-il temps de faire des efforts ! » En l’occurrence la course à pied est bien loin de cet exercice…c’est le trail, il faut s’adapter !

Dès que la pente s’atténue, je remonte sur mes jambes et poursuis en courant. Mais je suis tout de même moins performant, et Patrick et Thierry me prennent quelques mètres.

Surprise venu de nulle part : Thorbjorn le norvégien nous rejoint. Celui dont la mère et la copine avaient dégusté avec mes parents un irish-coffee dans le pub du village la veille. Je suis surpris de le voir débarquer… On ne l’avait pas vu venir celui-là !

En chamois norvégien (si ça existe…) il me double et me dépose pour rejoindre mes deux équipiers. Je suis scotché !

La pente s’adoucit enfin progressivement, et ma foulée commence à ressembler à quelque chose ! J’allonge mais ne peux que me contenter que de maintenir l’écart avec le trio.

Derrière, personne…

Trente septième kilomètre.

Un ruisseau à traverser. Le trio a une vingtaine de secondes d’avance. Je descends dans le lit et le franchis d’un petit saut de biche qui mériterait sans doute une bonne note artistique !

Mais je me contente de flirter avec les crampes !

De l’autre côté, remontée du talus jusqu’à une clôture de propriété. Katy et Laurent sont là et m’encouragent à 200% comme d’habitude. Je contourne la clôture, et termine en équilibre sur un passage de 10cm de large au pied de celle-ci. Un mètre en contre-bas coule un torrent !

Marche accélérée. Je débouche enfin sur le chemin d’accès à la propriété que nous venons de contourner. C’est maintenant parti pour trois kilomètres de vieille piste accidentée en cailloux pour arriver au ravitaillement du 40ème.

Je relance fort pour essayer de revenir au plus vite sur le trio qui me devance. La piste descend légèrement et je double le norvégien moins rapide que nous sur les portions roulantes. Tout en bas, descente au pied d’un pont en béton effondré. C’est là que je rejoins « un » tricolore en traversant la rivière à gué.

Trente huitième kilomètre.

Dans la remontée de l’autre côté, je double « ce » français que je prends pour Patrick et me rapproche de celui que je pense être Thierry. En haut, nouvelle relance et je me rapproche du premier français. Derrière, l’écart se fait de plus en plus. Déjà, nous ne voyons plus le norvégien !

Maintenant, la piste continue à descendre. Malgré quelques appuis un peu approximatifs l’allure est très bonne et nous nous motivons mutuellement. Derrière moi, « le » tricolore reste à une vingtaine de mètres. Je suis tellement concentré que je fais abstraction complète de qui est qui ! Sur le bord de la piste, les femmes de Thierry, Patrick et Yann nous encouragent.

Elles sont au top !

Trente neuvième kilomètre.

Virage à gauche, puis à droite. La piste se poursuit en descente. Nous soutenons toujours une très bonne allure.

Dans la courbe suivante, alors que nous sommes presque au ravitaillement, mes parents sont là. Cris d’encouragements. Je leur jette au passage une petite gourde d’appoint que j’ai vidée.

Quinze mètres plus loin c’est Sissi qui m’encourage à son tour. J’en profite pour lui lancer un gel vide. Toujours sur les talons de mon compatriote je suis dans ma bulle. Ma concentration est telle à l’approche du ravitaillement que je ne cherche même pas à savoir de qui il s’agit !

Dix mètres plus loin, Céline est là, Enzo en écharpe, crécelle et drapeaux dans chaque main…je lui laisse mon grand bidon vide.

Fin de la descente, j’entre dans la zone de ravitaillement !

Quarantième kilomètre.

Je débouche sur la zone et me dirige directement vers la table « France ». Toutes mes affaires préparées « au cas où » sont disposées là. Chaussures sèches, tenue chaude et tenue de rechange, chaussettes… Mais la course est la course. Ces vêtements de rechange ne serviront pas ! Je prends juste un bidon plein préparé le matin de la course, une petite gourde d’eau, un gel et une banane et repars sans presque prendre le temps de m’arrêter. Aujourd’hui, je suis dans une autre dimension : je suis bien ! Je repars au coude à coude avec l’autre français. Et c’est là, soudainement que je réalise : depuis un kilomètre et demi je me suis trompé. Ce n’est pas Thierry… c’est Patrick ! Je me retourne : Thierry est derrière, un peu distancé et semble temporiser. Nous repartons donc 2ème et 3ème avec Patrick alors que Thierry est en 4ème position une trentaine de mètres derrière.

Sortie du ravitaillement, sur quelques dizaines de mètres la petite route goudronnée s’élève progressivement à travers le pâté de maisons du hameau perdu ici. Je relance fort. Je me sens fort. Je me sens voler. Je suis vraiment très bien !

Quarante et unième kilomètre.

Le goudron laisse place à un chemin. Encore deux cent mètres et nous arrivons en haut de cette butte… sans m’en rendre compte vraiment… j’ai sûrement bien accéléré ! Je m’aperçois soudain que je n’entends presque plus le souffle de Patrick !

Perché tout en haut d’un passage en hauteur, Yankell m’encourage frénétiquement avec Pascal qui semble en transe… j’ai pris la 2ème place ! Il m’annonce 5’15’’ de retard sur le canadien en tête de course ! L’écart s’est donc un peu réduit depuis le dernier point. Mais rien ne vient troubler ma concentration. Il possède une large avance… peu importe je fais ma course à la sensation. Et à ce moment-là, les sensations sont excellentes !

Pascal et mon frère s’égosillent encore alors que je suis déjà loin dans la descente qui rejoint le bord du lac Kylmore Lough. Le chemin s’évanouit et nous entrons dans un champ.

A nouveau une terre spongieuse, à nouveau les pieds trempés. Peu importe !

J’allonge la foulée. Derrière, Patrick est distancé. En plus d’être bien, des ailes me poussent.

Le syndrome du maillot bleu-blanc-rouge ? Virtuellement second du Championnat du Monde, j’évolue en plein rêve !

Suite de la descente. En bas, une bonne tourbe, de l’eau au dessus des chevilles. Cette tourbe qui peut être un supplice quand on est mal est devenue à ce moment précis et dans l’état où je me trouve « une bonne tourbe » ! Une cinquantaine de mètres ainsi, une traversée de ruisseau, et je rejoins le bord du lac. Avec lui retour sur une piste en cailloux calcaire. La piste longe le lac. C’est un aller-retour de 5km sur ses rives.

La course prend une allure de « course-poursuite ». Une course contre ce « maudit » canadien qui gambade en tête depuis le départ, une course contre moi-même. Il reste maintenant un peu moins de 30 kilomètres… presque rien !

Quarante deuxième kilomètre.

De la piste. Presque plate, juste quelques faux-plats.

Toujours sans jamais me retourner, j’augmente l’amplitude de ma foulée, le souffle léger…tout comme le coeur !

Je ne peux m’empêcher de jeter un oeil à ma montre que je mets en « mode vitesse ». Le footpod relié à ma Suunto oscille entre 16,5 et 17,5km/h ! Je n’en crois pas mes yeux… Après un marathon, je n’aurais jamais cru pouvoir courir aussi vite ! Ma motivation est boostée. Je maintiens le rythme, passe un ruisseau et enchaîne.

Quarante troisième kilomètre.

Je suis à moins d’1,5km du demi tour, au niveau du milieu du lac et toujours pas de canadien en vue à contre sens… Chaque mètre parcouru réduit du double l’écart qui me sépare de lui !

Sur ce bord de lac, pas âme qui vive, personne, aucun spectateur. Mais je suis tellement dans ma course que je ne vois plus rien que la piste devant moi et que ma vitesse de progression qui reste stabilisée sur ma montre autour de 17km/h !

Quarante quatrième kilomètre.

Enfin j’aperçois venant à contre-sens le quad derrière lequel court Jason. Il a l’air d’avoir bonne allure, le demi tour doit donc être bien plus loin. Je reste zen malgré tout. Le quad passe… puis l’homme de tête. A l’intox, exagérant un peu mon aisance apparente, quoi que, je lui adresse un petit clin d’oeil et un signe de la main qu’il me rend. Sympa ! Ma vue se reporte à nouveau sur la piste et là, à ma grande surprise, je réalise que le demi-tour est à moins de 300m !

Calcul rapide : 300m c’est 600m de la tête de course… 600m ! Une chose est sûre, à cette allure là, ça fait beaucoup moins que les 5’15’’ de retard que j’avais au dernier pointage !

L’écart a donc fondu, je ne comprends pas bien pourquoi, car visuellement le canadien avait fière allure. Je ne vois pas comment j’ai bien pu lui prendre plus de 3’ en 4km ! Peu importe !

Je fais ma course, et pour l’instant je suis second et en pleine forme!

Rapidement j’arrive au demi-tour. Des militaires sont là et me font contourner un massif de pierres. Un pointeur relève mon dossard pour confirmer mon passage à l’extrémité du parcours et je repars dans l’autre sens, direction l’arrivée !

Mais à partir de maintenant mon regard pointe un peu plus haut qu’à l’aller. C’est que désormais j’ai un point de mire tout désigné, une cible vivante. Il s’agit du dénommé Jason Loutitt, qui mène le bal de façon impressionnante depuis le départ de ce Championnat du Monde ! Le point de repère est bien visible, avec le quad à ses côtés.

Quarante cinquième kilomètre.

Je croise Patrick. Il a l’air bien. Un petit encouragement mutuel sur nos trajectoires qui se croisent. Je ne m’étais pas retourné depuis que je l’avais laissé et n’avais donc pas pu apprécier la distance qui nous sépare.

Je ne comprends pas bien, en voyant son aisance apparente comment j’ai pu lui prendre déjà tant de temps. Mais ma montre indique toujours la même vitesse ! Maintenant vent légèrement favorable, je vois de temps en temps apparaître un « 18 » sur mon écran ! 18km/h … je rêve ! Mon FootPod doit être mal calibré ! Et pourtant j’avais pris soin de le régler avant de partir…

Quelques instants plus tard, c’est au tour de Thierry. Il a l’air beaucoup moins bien mais ne manque pas de m’encourager à son tour.

« Allez vas-y ! Tu la mérites celle-là ! »

Je l’encourage à mon tour entre deux souffles … « Pense à l’équipe ! »

Juste derrière, Thorbjorn, le plus jeune des norvégiens talonné lui-même par Yann. Je suis surpris de le voir revenu à ce niveau. Il a l’air bien, on s’encourage mutuellement.

Quarante sixième kilomètre.

Encore un petit kilomètre avant la fin du lac. Je fonds à grandes foulées sur le canadien. Le quad a laissé Jason et revient à mon niveau. Il se positionne devant moi et me précède d’un petit mètre. Je peux à peine anticiper mes appuis tellement il est près ! Surtout rester concentré et l’ignorer… malgré les pétarades du moteur !

Passage de ruisseau. Le coureur à pied est plus rapide que l’engin pétaradant et je double le quad sans ralentir mon allure ! Maintenant je suis devant et prends soin de courir au milieu de la piste, l’obligeant à rester derrière pour éviter qu’il ne me gêne à nouveau !!! Il me pousse littéralement !

Je quitte la piste pour m’engager dans l’herbe puis la tourbe. Le quad stoppe, le silence revient, et le canadien n’est plus qu’à quelques mètres !

Quarante septième kilomètre.

Tout en haut de la butte j’aperçois et j’entends déjà Pascal et mon frère, fidèles au poste. Une source supplémentaire de motivation pour poursuivre sur ma lancée.

Entrée dans les 100m de tourbe bien humide. L’écart fond comme neige au soleil. Je le talonne, je suis là, je le tiens ! La piste s’élève. Pas de coude à coude. Un petit mot baragouiné en anglais au passage et déjà je le laisse derrière moi, creusant rapidement l’écart : je suis en tête de ce Championnat du Monde !!!

Mes deux supporters postés juste au-dessus n’ont pu voir la scène qui s’est déroulée dans une dépression me masquant à leur vue. Lorsque j’en ressors j’imagine la folie de mon entraineur et de mon frère en me voyant déboucher en tête! L’écart avec celui qui a mené toute la course s’accroît rapidement. Je poursuis mon effort pour enfoncer le clou pendant toute la petite ascension avant le ravitaillement.

Arrivé à proximité du sommet, je suis porté par les hurlements de mes supporters. J’en ai la chair de poule ! Quel bonheur de passer en tête d’un championnat du Monde devant son entraineur et son frère !

Je suis en haut et me dirige maintenant en direction du ravitaillement. Encore quelques mètres sur le chemin en herbe. Je croise Manu. Il n’est pas bien du tout, mais il continue au courage.

Quarante huitième kilomètre.

Traversée rapide du hameau qui précède le ravitaillement. A peine entré dans la zone je croise la première femme, l’italienne Cécilia Mora. Sans perdre une seconde je me dirige directement vers la table « France ». Jean-Paul m’aide à troquer mon bidon à moitié vide contre un autre plein. Le temps de prendre un gel, et j’enchaîne rapidement sans me retourner alors que le canadien n’est pas encore arrivé.

Je veux ignorer l’écart qui nous sépare.

Et c’est reparti, à l’assaut de la dernière difficulté. Une ovation du staff France m’accompagne. Devant, Céline me motive, Enzo dans les bras. Je lui lance « Elle est pour nous celle-là ! » Je dois être serein pour oser lui dire ça !

Je reste concentré, savoure les encouragements et poursuis ma course en avant. Me voilà à nouveau sur la piste en caillou qui démarre l’ascension.

Quelques mètres et je croise Poupoune. Elle est seconde et à l’air en forme ! Premier virage, mes parents s’égosillent, certainement un peu abasourdis de me voir en tête de la course alors que j’accusais un retard d’environ 5’ à l’aller.

Un peu plus loin, je croise Aurélia. Elle est bien aussi.

La pente s’adoucit et j’en profite pour relancer aussitôt. Les femmes de mes compagnons de l’équipe de France m’encouragent à leur tour. J’ai des ailes.

Quarante neuvième kilomètre.

Une petite descente, j’allonge. Le passage à gué. Cathy et Laurent sont là : nouveaux encouragements. C’est de la folie. En tête à 20km de l’arrivée !

Traversée de rivière et escalade de la berge opposée à côté du tablier de pont effondré. La piste remonte à nouveau en faux plat. Les cailloux disparaissent et de l’herbe apparaît.

Toujours aucune envie de me retourner, je suis dans ma course !

Cinquantième kilomètre.

J’approche de la propriété qui marque la fin du chemin et le début du retour à la tourbe. Je croise Laurence qui ne manque pas de me lancer quelques paroles d’encouragement malgré la fatigue. Elle n’est pas dans son élément mais fait preuve de beaucoup de courage.

Arrivée devant le portail de la ferme et crochet à droite pour reprendre le passage le long de la clôture, juste au-dessus du torrent.

Pour assurer l’équilibre je m’aide des barbelés et poursuis ma progression. Personne en vue derrière !

Reprise de la course toujours le long de la clôture, pieds dans l’herbe trempée. Descente au niveau de la rivière que je franchis d’un saut, non sans un petit rappel de crampe. Remontée sur l’autre versant et relance à petites foulées.

Cinquante et unième kilomètre.

Je lève les yeux : devant moi se dresse la dernière difficulté… Benbaun ! Une ascension redoutable de plus de 600m, celle-là même descendue une heure plus tôt sur les fesses !

Pour l’instant j’attaque en courant à cadence soutenue sur un bon faux plat d’herbe grasse et humide.

Je croise encore quelques coureurs. Un espagnol, une italienne, deux irlandais. A chacun un petit encouragement mais je reste concentré.

Objectif : monter le plus rapidement possible !

Je positive en me disant qu’au vu de mon allure sur les parties roulantes, si je bascule en tête au sommet, le rêve de victoire pourrait devenir réalité ! Ce serait incroyable ! Je fonce !

Progressivement, la pente s’accentue. Il faut monter de plus en plus les genoux, pousser sur les cuisses. La foulée se raccourcit enfin pour devenir de la marche. Après plusieurs centaines de mètres, j’ose enfin me retourner une seconde. Derrière, me semblant bien loin, j’aperçois une silhouette qui progresse d’une foulée cadencée, coudes écartés, les bras qui balancent, très caractéristique. Aucun doute possible: Jason le canadien.

Retour instantané au présent : ne rien lâcher ! J’utilise pour grimper les marches naturelles faites de touffes d’herbe. Avec les mains je prends appui sur les cuisses, les genoux… aller le plus vite possible.

Arrivée sur un semblant de plateau intermédiaire qui me dissimule à la vue de mon poursuivant : bonne chose !

Quelques mètres seulement, et la montée reprend ses droits. Le pourcentage s’accroit rapidement. La portion courue aura été de courte durée, il faut déjà reprendre l’option marche rapide !

J’arrive au pied du mur. Les appuis glissent. Changement de technique : les mains ne servent plus à appuyer sur les cuisses mais à m’accrocher aux touffes d’herbe ! Du col qui me surplombe tout là-haut j’entends la voix de « Papa Phil » hurler : « Allez Thierry ! » à trois reprises.

Puis s’apercevant de son erreur, alors que je patine sur l’herbe glissante, la voix rectifie en s’écriant… « Allez Patrick ! Allez Patrick ! »… Raté Phil essaie encore !

A ce moment-là les crampes me prennent d’assaut et je suis obligé de me contorsionner a niveau des appuis pour limiter la tension. Il faut tenir…surpasser la douleur !!!

Cinquante deuxième kilomètre.

Il reste 300m à gravir. Je poursuis, me retourne 2/3 fois… le canadien ne me reprend rien !

L’écart est maintenu, ça me booste.

A une centaine de mètres du col, Philippe s’aperçoit enfin de son erreur !

« Allez Erik ! Allez Erik !». Enfin !

L’ascension se termine toujours dans le même style : à quatre pattes, en patinant le plus vite possible. J’ai l’impression de faire le chien fou qui patine dans la semoule !

De loin Philippe m’annonce l’écart : 2’ d’avance sur le second. Super ! Deux minutes alors que mon objectif était simplement de basculer en tête… c’est plus qu’espéré. Le dénouement de la course est peut-être en train de se jouer là !

Je parviens au col. Il ne restera plus maintenant que 500m pour atteindre le sommet. Philippe posté stoïquement là, au milieu de nulle part se rapproche et me demande comment ça va… Je lui demande si on peut me prévoir quelque chose contre les crampes au prochain ravitaillement. La question ne se pose même pas de savoir si je tiendrais jusque là-bas. Je n’ai pas le choix !

Il me répond par l’affirmative : « On te prépare ça ! ». Je fais encore 5m et stoppe net. Depuis

que je me suis redressé je me sens mal : nausées.

Mains sur les genoux, je suis pris de vomissements… cinq d’affilée ! Je vomis le peu de ravitaillement ingurgité jusque-là : un gel et une banane, le tout accompagné d’un peu de boisson énergétique.

Philippe doit être inquiet de me voir dans cet état. Pour ma part je suis habitué à ce genre de soucis et je repars aussitôt.

Plus que 500m et une cinquantaine de mètres de dénivelé à gravir. Maintenant, le terrain est sec, c’est du caillou et de la roche.

Les appuis sont bons, et malgré le dénivelé, je peux courir. Petite foulée, mais foulée de course. De toute façon, quelles que soient les douleurs, quelle que soit la fatigue, je DOIS courir ! Il me reste moins de 18km. C’est rien 18km !

Moins de 18km pour devenir Champion du Monde !

Un coup d’oeil sur le maillot « France », les encouragements du sélectionneur, je donne tout !

Quelques cailloux, le sommet est en vue. J’entre dans la brume… mais je suis sur un nuage !

Dernière rampe, et ça y est, le cairn apparait. En haut, j’aurai fait le plus dur… allez !

Un militaire m’indique la direction à suivre… comme à l’aller !

La visibilité est réduite. Je focalise sur les petits fanions orange. Ca y est. Le sommet est atteint ! Je suis en tête ! Coup d’oeil en arrière… personne en vue. C’est plutôt positif, mais l’arrivée n’est pas encore atteinte.

Premier au sommet me rend confiant mais il faut rester concentré. La course est encore loin d’être terminée !

J’attaque la descente. Quelques marches naturelles dans les rochers à sauter, tout en prenant garde aux appuis et en restant vigilant sur le balisage.

Cinquante troisième kilomètre.

Des passages rocheux un peu chaotiques. Je réalise que j’ai bien bu depuis le dernier

ravitaillement et que je n’ai qu’un bidon. En plus avec la fatigue je bois davantage… Mais je n’ai pas le choix. Si je veux tenir jusqu’au prochain ravitaillement 7km plus loin, il va falloir sérieusement me rationner !

Arrivée à proximité du plateau rocheux. Le retour à l’herbe trempée est pour bientôt !

Je croise une dernière concurrente, en difficulté dans le mur escaladé à l’aller. Et dire que j’ai fait 19 kilomètres depuis ! J’ai une petite pensée pour elle.

Maintenant il va falloir y aller, dans ce mur qui faisait déjà peur à escalader et qui risque d’être pire à descendre !

Une ultime approche en abordant le mur de biais, dans le dévers de la pente herbeuse, pour arriver au sommet de la difficulté.

De l’herbe : je ne cogite pas longtemps. Profitant de mon expérience de l’aller, j’adopte la position assis et dévale la pente en glissant.

Au bout d’une trentaine de mètres les cailloux se font de plus en plus présents… et les fesses de plus en plus sensibles ! Reprise de la position debout et après quelques sauts plus ou moins contrôlés je parviens en bas de l’éboulis.

C’en est terminé des descentes de folie. La pente devient plus raisonnable et je peux accélérer dans cette portion avant d’amorcer la seconde partie de descente pour rejoindre le col. Le jeu consiste à sauter de motte de terre en motte de terre, les pieds toujours trempés dans cette herbe bien humide. Avant de repartir dans une bonne pente, j’ose un regard derrière : personne en vue. Je suis au col.

Descente à droite en pseudo course où le pied se pose un peu au hasard dans les touffes d’herbes omniprésentes.

Cinquante quatrième kilomètre.

Une gorgée de boisson… il ne reste plus grand-chose dans le bidon ! Aïe ! A moins que…

La pente redevient plus sèche dans cette dernière partie. Malgré tout, rien à voir avec les premières rampes. Je peux rester debout mais à petite allure. En bas le grillage à franchir et le ruisseau où sont postés les deux militaires. J’ai la désagréable sensation d’avoir perdu du temps depuis le sommet. Juste avant d’arriver à la clôture, je me retourne. Bonne surprise…toujours personne en vue !

J’y crois de plus en plus, persuadé que je viens, par ce second enchainement montée/descente de Benbaun Mountain, de franchir le passage qui pouvait être le plus en ma défaveur !

Je ne m’attarde pas plus sur ces considérations et escalade le petit escabeau qui franchit la clôture. Petit encouragement discret de la militaire suivi sûrement d’étonnement en me voyant quelques foulées plus loin m’accroupir au bord du petit torrent et remplir d’eau fraîche mes mains pour boire à grandes gorgées. Quel bonheur ! Voilà qui tombe bien.

Il faut à nouveau remonter. Le second militaire m’indique la piste, la même qu’à l’aller, toujours bien balisée.

De la tourbe… toujours de la tourbe… et les pieds toujours trempés. Je monte sur un bon rythme. Oubliés les kilomètres avalés. Je sens que les crampes ne sont pas loin mais j’arrive à les ménager, à les contrôler pour continuer à courir.

Cinquante cinquième kilomètre.

400 mètres de montée et quelques mètres de dénivelés supplémentaires, voilà le petit plateau encore plus humide. Ouf, terminée la montée. Il ne reste presque plus de dénivelé jusqu’à l’arrivée. Unique objectif : aller le plus vite possible, ne pas perdre une seconde pour conserver ma première place… Mais la victoire n’est pas acquise.

L’arrivée est à la fois proche et lointaine et tout peut arriver, surtout avec ces crampes qui se manifestent à chaque passage de tourbe où les appuis sont instables.

Je contourne la zone la plus humide. Un petit talus pour rejoindre deux militaires qui manifestement ne s’attendaient pas à me voir arriver… Ils sont assis à l’écart du parcours et fument une cigarette en admirant le panorama ! C’est vrai que c’est beau, depuis le départ c’est beau. Mais aujourd’hui je ne suis pas là en touriste.

C’est arrivé à leur niveau qu’ils m’aperçoivent. Ils se lèvent alors tranquillement pour rejoindre leur poste sur le parcours en attente des autres coureurs !

Sur cette butte je me retourne… et vois enfin mes poursuivants. Ils sont plusieurs ! Il y en a au moins quatre !

Trop loin pour que je puisse voir de qui il s’agit. Tant mieux ! Et peu importe ! Il faut courir.

Courir le plus vite possible. Courir plus vite que les autres. Je redescends dans un faux plat en dévers le long de la montagne… toujours dans la tourbe… toujours les pieds trempés !

Mes pieds s’enfoncent régulièrement jusqu’aux chevilles. Des chevilles soumises à rude épreuve avec des poses de pieds très imprévisibles dans les mottes de tourbe et d’herbes.

Un bon kilomètre dans ce terrain en dévers instable. Je cours comme un pantin désarticulé en constante recherche de l’équilibre.

Cinquante sixième kilomètre.

Bientôt un chemin. Encore quelques mètres et me voilà dans le pierrier qui fait office de chemin et qui redescend à la piste plus confortable où m’attend le quad avec le caméraman !

Deux cents mètres pendant lesquels je suis très vigilant : les trous et les cailloux minent le sol ! Je dévale rapidement malgré tout et arrive sur la piste. Voilà maintenant 3km de bonne piste avec un profil général descendant qui s’offre à moi. Ca c’est mon terrain !

Je pense être l’un des plus forts, si ce n’est aujourd’hui le plus fort sur ces portions rapides. Il faut en profiter…en avant toutes !

Le quad ne me quitte pas. Tantôt 2m devant, tantôt à coté de moi. Ma foulée devient aérienne.

Je me sens léger… Vitesse au compteur : 17/18 km/h !

Seul en tête, je suis en pleine confiance.

Aucune pensée de victoire, je me contente de courir. Courir toujours plus vite, oublier les douleurs, oublier les crampes qui menacent à chaque foulée. J’en oublie les adversaires.

Prochaine étape qui focalise maintenant mes pensées : le ravitaillement suivant. Mon bidon est vide. Plus rien. Je suis à sec !

Ce sera le dernier ravitaillement et je sais que j’y retrouverai des visages familiers. Grande courbe sur la gauche, toujours en compagnie du quad.

Cinquante huitième kilomètre.

Je longe un bois. La piste descend, puis remonte très légèrement. Le quad m’abandonne et fait demi-tour. Il part à la recherche du second. Je m’en vais seul.

La piste plonge vers le gué traversé à l’aller avec Thierry. Il reste 1,5km avant le ravitaillement.

Sur l’autre versant j’aperçois mon frère, drapeau bleu blanc rouge sur les épaules, qui gesticule et donne de la voix!

Je m’avance les pieds dans l’eau. Ils n’auront toujours pas eu le temps de sécher. Petit stop au milieu de la rivière : j’avais préparé quelques mètres plus tôt mon bidon et dévissé le

bouchon… Aussitôt plein, aussitôt bu et nouveau remplissage à moitié pour la suite des opérations !

Ruisseau franchi à petit pas pour éviter une glissade qui pourrait coûter très cher et je repars aussi vite que je suis arrivé, accompagné par les encouragements de plus en plus nets de mon frère. J’arrive à son niveau, il m’emboîte la foulée. Je suis à 17km/h… et lui qui me suit en savates…

Le quad ne tarde pas à revenir et se positionne à ma hauteur, le caméraman cadrant à un mètre de mon nez !

Et derrière, dans les accalmies du moteur, j’entends toujours le clap-clap des tongs ! Je suis littéralement porté par mon frère et par le quad. Moment magique !

Cinquante neuvième kilomètre.

Le ravitaillement approche, mon frère ne me lâche pas, toujours une trentaine de mètres derrière… et le quad escorte.

A cette allure là, je suis plus que confiant. Personne ne peut revenir. Non, c’est impossible !

Je poursuis sur la piste et arrive bientôt au ravitaillement. La portion forestière va se terminer.

Ca y est, au bout, j’aperçois la barrière qui marque la fin de la piste forestière. J’y suis.

Postée à la barrière, ma mère m’encourage, petit drapeau tricolore planté dans les cheveux et crécelle à la main.

Fin de la forêt, j’entre dans l’aire de ravitaillement où m’attend le staff de l’équipe de France, Michel et notre « kinesse » Marilyne !

Soixantième kilomètre.

J’arrive à leur niveau près des tables. Marilyne m’ordonne d’ouvrir la bouche, je m’exécute.

«Avale » !

Beurk, la bouche est sèche et les cachets de Sporténine contre les crampes, sont bien difficiles à ingurgiter. J’en conclus cependant que « Papa Phil » a bien fait passer le message. On verra plus tard pour l’efficacité du remède !

Cachets encore en bouche je change de bidon pour ma boisson énergétique à la menthe.

Je récupère au vol un gel et une fiole d’eau que je cale dans ma ceinture en plus du bidon.

Un verre d’eau pour terminer de me rincer la bouche, deux gorgées de coca à la bouteille, le tout en repartant en marchant, tandis que la caméra du quad reste pointée sur moi et que mon père me mitraille de photos en hurlant :

« Allez Rik ».

Et c’est reparti, accompagné par les encouragements mélangés du staff et de ma famille…

Plus que 10km avant le dénouement !

On attaque l’ancienne route bitumée empruntée à l’aller. Mon frère me suit encore un peu, jusqu’au passage à bétail avec les rouleaux métalliques, 200m plus loin.

Le quad, quant à lui, m’a abandonné et est reparti au devant de mes poursuivants.

Soixante et unième kilomètre.

Après 1km de cette ancienne route défoncée ce sera la dernière portion qui me parait délicate : 1,5 kilomètre de tourbe avec en prime une montée pour en sortir. Mais auparavant coup d’oeil derrière : toujours pas l’ombre d’un coureur alors que j’ai quitté le ravitaillement depuis près de 3’. L’écart à l’air confortable ! Et il ne reste plus que 9 kilomètres ! Pas d’impatience, il faut rester dans la course.

Ca y est, je pénètre dans la zone délicate et humide.

Dans un premier temps un semblant de trace de chemin, dans lequel je m’enfonce jusqu’aux chevilles avec toujours ces mottes d’herbes caractéristiques des tourbières.

Après 500 mètres, exactement au même endroit qu’à l’aller, je repère l’endroit où je m’étais enlisé. Elan, impulsion… Mais les débuts de crampes ajoutés à la « légère » fatigue des 61 premiers kilomètres raccourcissent notablement la trajectoire et… plouf ! La jambe gauche a disparu entièrement et me voilà encore à plat ventre dans la tourbe !

Heureusement, la reconnaissance m’a servi et j’ai pris soin de bien sur-lacer mes chaussures !

Je retire de ce bourbier ma jambe avec sa chaussure au bout et reprends une course un peu désordonnée à travers la prairie.

Descente jusqu’au passage du ruisseau. Franchissement de la barrière avec l’escabeau et esquisse de saut un peu saboté par les crampes. Réception convenable malgré tout.

Soixante deuxième kilomètre.

Il faut maintenant remonter un petit kilomètre pour rejoindre la piste qui m’emmènera jusqu’à l’arrivée… ou presque !

Je me mobilise à fond pour cette dernière partie difficile. Je pousse sur mes jambes, lève les genoux et essaie d’esquiver les pièges. Je slalome, les pieds trempés.

Plus que 400m de pente. C’est un corridor de 5m entre deux clôtures, un bois d’un coté, un champs de l’autre.

Je me retourne… personne en vue ! J’ai pourtant une très bonne visibilité ! Ca c’est bon pour le moral !

Section complètement ravinée, trempée, molle, boueuse, impraticable. Pas de traces claires. Je serpente tantôt à droite, tantôt en contrebas, tantôt à gauche. J’essaie de choisir la trajectoire la plus « roulante »… s’il y en a une !

Je donne tout, sans me retourner.

A une centaine de mètres du haut, arrêt éclair pour retirer mon footpod et le ranger dans ma ceinture. Je veux terminer sans repère, au plaisir, me laisser porter vers l’arrivée !

En haut, aux barbelés, ceux qui ont pour moi un goût de libération quand je les aurai franchis, deux équipes de caméramen, des militaires et des spectateurs attendent.

J’avance tête baissée, toujours vigilant sur mes appuis.

A une cinquantaine de mètres un caméraman m’attend pour m’accompagner en traveling sur les derniers mètres de montée. A la clôture, les militaires sont là pour indiquer la sortie.

Je me hisse en haut du talus, grimpe l’escabeau en bois qui franchit les barbelés. J’en profite pour jeter encore un rapide coup d’oeil en arrière. La vue porte loin. Je suis largement rassuré en m’apercevant que les poursuivants sont tout en bas, à la rivière !

Je retrouve l’ancienne route et entame une belle descente, laissant bénévoles et militaires derrière moi.

Soixante troisième kilomètre.

J’allonge la foulée. Maintenant, je commence à profiter pleinement. Encore 7km. Plus que 7km !

J’ai estimé l’écart à environ 3’. Et avec l’expérience je sais que 3’, vu la distance et la nature du terrain jusqu’à l’arrivée, c’est presque course gagnée si je n’ai pas de souci ! Je laisse quelques secondes mon imagination envisager l’heureux dénouement mais je me ressaisis vite et me re-concentre.

Les 5km d’ancienne route qui viennent devrait m’être favorables. Tenir le régime.

Cette première descente se fait à tombeau ouvert. Passage devant la grange et remontée sur l’autre versant de la petite vallée. L’allure diminue franchement, mais je garde une bonne foulée puissante. Au train, régulier, j’arrive au col satisfait, pas trop mal.

Bascule à nouveau pour une longue descente de près d’un kilomètre.

Soixante quatrième kilomètre.

Devant, la vue se dégage sur la vaste prairie de tourbe avec en toile de fond Diamond Hill.

L’arrivée est jugée au pied de la montagne.

La voiture avec l’un des caméramen arrive à mon niveau et m’escorte. La caméra pointe son nez dehors. J’ose un petit signe « Aloha », mais je ne souhaite pas trop m’éparpiller : j’ai déjà vécu des retours de l’arrière impossible, je dois rester mobilisé !

La voiture fait le yo-yo avec moi pendant toute la descente. Encore un petit geste de la main, un clin d’oeil mais j’arrête aussitôt de me disperser.

Dernière montée sur cette route. Près de trois kilomètres avec juste quelques paliers pour souffler un peu.

Soixante cinquième kilomètreplus que 5 kilomètres !

Cinq kilomètres, 20’ d’effort et c’est l’arrivée ! Le compte à rebours est lancé, d’autant plus que l’organisation a pris soin de placer un panneau à chaque kilomètre restant.

Dans cette longue montée, je martèle le sol en gardant une allure régulière, autour des 14km/h… C’est très satisfaisant !

Je ne peux m’empêcher de me retourner pour jauger les écarts. Personne en vue derrière !

Soixante sixième kilomètre.

J’ai des palpitations. Je rêve. C’est pas possible ! Je vais le faire !

Je monte toujours. Maintenant seul. La voiture m’a abandonné. Je poursuis à bonne allure.

Allure soutenue, mais en aisance toujours. Les appuis sont bons et les crampes me laissent en paix.

Soixante septième kilomètre.

Bientôt la fin de cette longue portion. Loin derrière, il me semble voir des points. Des coureurs ? Certainement. Mais ils sont loin, et l’arrivée n’est plus qu’à 3km ! Si je reste prudent, c’est gagné ! L’idée de devenir dans quelques minutes Champion du Monde me traverse l’esprit. Je commence à m’imaginer franchir la ligne en vainqueur.

Un passage à bestiaux. Sur les barreaux je prends toutes mes précautions.

Devant, à plusieurs centaines de mètres, quelques supporters. En m’approchant, je reconnais les femmes de Thierry, Patrick et Yann. Pas loin d’elles, la famille d’Aurélia.

Je relance sitôt le passage franchi et me rapproche d’elles. Elles m’encouragent à tue-tête.

L’une d’elle m’annonce :

« Tranquille…c’est gagné ! »…J’y crois.

Mais la ligne est encore à trois kilomètres, pas de précipitation dans le dernier passage délicat tourbeux qui reste à franchir.

Fin de la portion roulante et encore une fois je m’engage dans une prairie de tourbe. Furtif regard en arrière… Personne !

Soixante huitième kilomètre.

J’arrive au cimetière et contourne le muret. La tourbe recommence. Dernier kilomètre de ce terrain chaotique. Il ne faut rien lâcher !!

Descente à travers champ en direction du premier ruisseau franchi ce matin. J’y parviens rapidement tout en redoublant de vigilance sur les appuis, quitte à ralentir franchement mon rythme. C’est que là encore les chevilles sont malmenées.

Je franchis la rivière par le ponton mis en place et remonte l’autre versant. La montée est raide, les crampes ne sont pas loin. Nouveau muret à contourner puis passage entre deux barbelés. En haut, par réflexe, je me retourne encore. Surprise ! Au niveau du cimetière, un coureur ! Il doit bien y avoir deux minutes entre lui et moi, mais je pensais que l’écart avec mon second était plus important ! Electrochoc ! Je relance immédiatement !

En haut sur la colline, faux plat. Je maintiens une allure soutenue sans me mettre dans le rouge. Le but est d’arriver premier, peu importe l’écart, rien ne sert de prendre des risques inutiles. Conserver ce train et je ne devrais pas être inquiété.

Le pré tourbeux redescend vers le second passage de ruisseau. J’avance rapidement mais toujours prudent.

Du haut de l’autre versant me parviennent des hurlements d’encouragement ! J’en ai la chair de poule ! Je reconnais Pascal et mon frère Yankell. Ils sont postés à la sortie du champ de tourbe.

Je termine de traverser en diagonale la grande praire humide, et descends jusqu’à ce second ruisseau.

Soixante neuvième kilomètre… c’est le dernier !

Je pénètre dans le bosquet qui dissimule le petit cours d’eau, descends le talus en me faufilant et traverse la passerelle en bois.

Nouveau talus pour sortir du lit du ruisseau puis clôture à contourner. De l’autre côté du vallon, j’aperçois le coureur à mes trousses.

En un éclair je constate que contrairement à moi qui prends toutes mes précautions, lui fonce sans aucune retenue ! Mais j’arrive presque à la sortie de la section de tourbe et il ne restera plus que 800m en descente sur un bon chemin. Je ne peux plus perdre !

Derniers mètres dans les ornières creusées par un tracteur. Boueux… Peu importe !

Une trentaine de mètres, une caméra, des supporters sont là à la sortie du parc. Ca sent l’arrivée !

Passage de la grille du parc par laquelle nous étions sortie après la double ascension du Diamond Hill.

Mon frère avec son drapeau et Pascal survolté hurlent avec ce qu’il leur reste de voix. Je relance fort pour entamer la descente.

Mon frère se lance à mes trousses drapeau à la main. Il reste 700m. Il me tend le drapeau, je le refuse. L’arrivée n’est pas encore là, il est trop tôt. J’imagine le scénario catastrophe, me prendre les jambes dans le drapeau et chuter. Je suis à fond, à plus de 20km/h certainement dans cette belle descente que je dévale… Et mon frère, toujours en tongs, qui me suit ! Lui aussi est survolté.

Pascal de son coté est parti devant pour rejoindre l’arrivée.

Cinq cents mètres de l’arrivée, je traverse l’aire d’accueil du parc. Des touristes sont là.

Certains sont surpris, d’autres m’encouragent. C’est bon, je suis maintenant sûr de moi. Je demande le drapeau à mon frère et le noue autour du cou pour ne pas être gêné.

Mon frère me quitte pour prendre un raccourci et m’accueillir à l’arrivée. Je cours dans ces derniers hectomètres comme si ma vie en dépendait ! C’est un véritable sprint en solitaire.

La descente est finie… Je vois l’arrivée, juste de l’autre coté de l’espace vert ! Plus que 400m !

400m et je suis Champion du Monde ! J’allonge la foulée encore et toujours.

Avant dernier virage. Je vois à ma gauche l’arche d’arrivée. Chair de poule, les yeux me piquent, je n’arrive pas à y croire ! Je lève déjà les bras à plusieurs reprises. J’ai détaché le drapeau que je brandis… Instant de pur bonheur.

Je cours sur le trottoir, plus que 200m.

Dernier virage. Je le prends à fond, drapeau hissé à bout de bras, et continue mon sprint sur les 100 derniers mètres. La ligne est là. De l’autre côté, tous mes proches : ma famille, mon entraineur, et Enzo soulevé au-dessus de la tête de Céline !

L’ARRIVEE !

Ca y est ! Je passe sous l’arche ! Par réflexe j’éteins mon chrono sans même voir la banderole d’arrivée, et me jette dans les bras de Céline… Je suis

Champion du Monde de Trail !

 

Mon frère qui m’avait dit une fois quand j’avais 5 ans : « un jour tu seras Champion du Monde » est là, mes parents également Ce n’est plus un rêve, j’ai décroché le titre ultime que tout enfant sportif rêve d’atteindre. Je suis Champion du Monde !

Il ne faudra finalement pas attendre 2’ pour que le second, le canadien Jason Loutitt, toujours lui, qui a mené 45km, arrive à son tour.

Maintenant nouvelle épreuve pour moi : interview en anglais !

Bientôt c’est au tour de Patrick d’arriver. Deux français sur le podium.

Thierry avec sa 7ème place nous offre également le titre par équipe. Carton plein. Deux titres pour moi.

Et maintenant qui arrive ? Frigorifié par une matinée passée planté immobile dans le froid sur la plus haut sommet du parcours pour encourager « ses » coureurs : Phil ! Il a raté l’arrivée des premiers mais qu’importe il était tout là-haut pour nous apporter ce petit coup de pouce psychologique parfois déterminant. Merci « papa Phil ».

A peine les interviews vidéo et papier terminées, un petit ravitaillement ingurgité entre deux et on m’appelle au contrôle anti-dopage. Pascal m’y accompagne ainsi qu’un officiel chargé de vérifier que je ne triche pas entre l’arrivée et le contrôle, sait-on jamais !

Il me faudra 1h30 avant de pouvoir remplir le récipient. 1h30 que je mets à contribution pour faire une toilette de chat, me changer et entamer un premier débriefing, larmes de joie au bord des yeux, avec Pascal.

Le contrôle terminé, retour auprès du reste de l’équipe de France, près de l’arrivée, pour fêter ça. Ma mère est allée acheter un magnum de…champagne… au bout de la rue.

Je fais sauter le bouchon et nous buvons tous un petit verre pour arroser cette pluie de titres sur l’équipe de France : champions du monde individuels homme et femme (avec Maud) et par équipes hommes et femmes également…carton plein. Que demander de plus !

La fête se poursuivra tout au long de la journée, puis en fin d’après-midi, ce sera la cérémonie protocolaire des récompenses.

Le moment du podium et des hymnes arrive. J’ai le mien rien que pour moi ! Non, je ne réalise pas ! Je savoure à fond cette plus haute marche… une larme d’émotion coule lentement sur la joue de mon entraîneur…et moi qui fait le guignol tout la haut ! Non, je ne réalise pas !

Et puis c’est au tour de l’hymne par équipes, cette fois-ci c’est la fête sur la plus haute marche, l’hymne est chanté à tue-tête. On remet bientôt ça avec les filles et à la quatrième interprétation la Marseillaise n’est plus fredonnée mais hurlée en coeur !

La soirée terminée, nous rentrons au B&B pour un débriefing équipe de France. Le petit mot, plein d’émotion de notre père à tous « Papa Phil », qui n’est jamais rentré d’un grand championnat sans médailles, puis de Jef et enfin la nouvelle de la sélection pour les deux prochaines années de l’équipe championne du Monde !

Le débriefing terminé, Manu et moi rejoignons nos familles à l’Auberge de Jeunesse pour fêter une nouvelle fois ça en comité restreint, avec les intimes ! Les bouchons pètent, les verres se vident, l’ambiance est joyeuse !

Le lendemain, la compétition est définitivement terminée, une page se tourne.

Nous en profitons pour visiter les environs tranquillement, l’esprit serein, conscients du devoir accompli. Au menu plage, bord de mer et… guiness ! Ensuite ce sera pour tous le retour en France. Tout le monde part de son coté.

Tous sauf Céline, Enzo et moi qui restons encore une semaine pour un petit tour d’Irlande en famille.

En fait la première journée de vacances sera interrompue par quelques appels téléphoniques…3h d’interview téléphonique ! De quoi exploser mon forfait ! Mais dès le lendemain, silence radio : suite du séjour coupée du monde !

Je suis Champion du Monde, et pourtant, je ne le réalise pas !

Il me faudra au moins deux mois, et surtout la fin d’année et les sollicitations diverses, remises de récompenses, interviews… pour vraiment comprendre la valeur de la performance !

Et pour tout ça, merci à ma chérie CELINE et à PASCAL sans qui cette victoire serait restée à l’état de rêve !

Maintenant, place aux prochains rêves !!!!!

Comme disais Emil Zatopek,

« Un coureur doit courir avec des rêves dans son coeur et non de l’argent dans sa poches. »

 

Résultats par équipe :

1 France

2 Italie

3 Norvège

4 Grande Bretagne

5 Allemagne

6 USA

7 Irlande

8 Argentine

9 Pays Bas

10 Canada

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(1) Commentaire

  1. Maman Poule et ses 3 Cocottes

    Bonjour, je suis tombée par hasard sur votre récit, non sportive mais revenant d’un séjour en Irlande, je tiens à vous dire bravo… bravo pour votre belle victoire, mais aussi bravo pour ce récit très bien écrit, captivant et que j’ai lu d’une traite, ce que je n’avais pas fait depuis bien longtemps! Vous donnez envie de courir, de vous encourager et de mieux connaître votre parcours. Brav o pour cette double performance et continuez d’écrire !

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